Le coût de la maternité dans la recherche : comment briser le plafond de verre académique
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Le coût de la maternité dans la recherche : comment briser le plafond de verre académique

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Le parcours menant à un poste de titulaire dans l’enseignement supérieur et la recherche (ESR) s'apparente de plus en plus à une course d'obstacles hautement sélective. Pour les femmes, et plus particulièrement celles qui choisissent de devenir mères durant leurs années de précarité contractuelle (doctorat, post-doctorat, contrats d'ATER), l'obstacle se transforme souvent en une barrière infranchissable. Comme le souligne une analyse publiée par The Conversation France, la conciliation entre maternité et début de carrière académique relève d'une équation quasi impossible. Ce phénomène, documenté à l'échelle internationale, met en lumière des inégalités structurelles profondes qui privent la recherche de talents précieux et perpétuent un plafond de verre tenace.

Un modèle académique hérité du passé face aux réalités contemporaines

Pour comprendre l'origine de ces inégalités, il convient d'analyser l'histoire et l'évolution des structures universitaires. Le modèle académique traditionnel a été conçu à une époque où les chercheurs étaient majoritairement des hommes pouvant s'appuyer sur un conjoint gérant l'intendance domestique et familiale. Aujourd'hui encore, les critères d'excellence scientifique reposent implicitement sur cette norme de disponibilité totale, caractérisée par une productivité linéaire et ininterrompue.

Or, la période clé de construction d'une carrière académique (généralement entre 25 et 40 ans) coïncide précisément avec l'âge de la maternité. Durant cette phase critique, les jeunes chercheurs doivent enchaîner les contrats courts, souvent marqués par une forte exigence de mobilité géographique, nationale ou internationale. Pour une jeune mère, cette injonction à la mobilité se heurte à des contraintes logistiques, financières et familiales majeures. De plus, l'accès tardif à la titularisation, qui intervient désormais fréquemment après 35 ans en France et dans de nombreux pays de l'OCDE, accentue cette tension temporelle et biologique.

La « pénalité de maternité » dans l'évaluation scientifique

L'évaluation scientifique, bien qu'elle se présente comme neutre et méritocratique, pénalise indirectement les mères. Le système d'évaluation actuel valorise de manière disproportionnée le volume de publications à court terme, l'obtention de financements compétitifs et la participation active à des réseaux internationaux.

L'arrivée d'un enfant entraîne pourtant un ralentissement temporaire inévitable de la production scientifique. Les congés de maternité, bien que protégés par la loi, se traduisent par des périodes d'inactivité apparente sur le curriculum vitae. Ces interruptions sont rarement compensées de manière équitable lors des concours de recrutement ou des demandes de promotion. Les rapports de la Commission européenne, notamment à travers les données récurrentes du rapport « She Figures », montrent que si les femmes sont majoritaires parmi les diplômés de l'enseignement supérieur, leur proportion s'effondre à mesure que l'on s'élève dans la hiérarchie académique. Ce phénomène, qualifié de « tuyau percé » (leaky pipeline), est particulièrement marqué dans les disciplines STEM (sciences, technologies, ingénierie et mathématiques), mais affecte également les sciences humaines et sociales.

Au-delà de la baisse temporaire de productivité, les chercheuses mères font face à un manque de soutien institutionnel lors de leur retour de congé. La reprise s'accompagne souvent d'une surcharge de travail accumulée, sans aménagement du temps de travail ni décharge d'enseignement, ce qui nuit à la relance de leurs projets de recherche.

Initiatives internationales et réformes de l'évaluation

Face à ce constat, des mouvements internationaux se structurent pour repenser les modalités d'évaluation et de soutien aux carrières. La Coalition pour l'avancement de l'évaluation de la recherche (CoARA), qui regroupe des centaines d'organisations de recherche en Europe, plaide activement pour une réforme systémique. L'objectif est de privilégier une évaluation qualitative, capable de prendre en compte la diversité des parcours de vie, les interruptions de carrière et les contributions non strictement bibliométriques, telles que l'enseignement, la médiation scientifique ou l'administration.

Dans certains pays, des programmes spécifiques ont été mis en place pour atténuer cette pénalité de maternité :

  • En Allemagne et en Suisse : Des financements complémentaires permettent de recruter du personnel de soutien technique ou administratif pour maintenir l'activité des laboratoires pendant le congé de maternité d'une chercheuse, évitant ainsi l'arrêt complet de ses recherches.

  • Dans les universités nord-américaines : Les politiques de type « stop-the-clock » (arrêt du chronomètre) permettent de prolonger la période d'évaluation pour l'obtention de la titularisation (tenure track) d'une durée équivalente au congé parental, offrant ainsi un répit nécessaire pour rattraper le retard de publication.

  • Au niveau des agences de financement : Des institutions comme le Conseil européen de la recherche (ERC) permettent de prolonger la fenêtre d'éligibilité aux bourses de recherche d'un an et demi par enfant pour les candidates mères.

Pistes de transférabilité pour les institutions francophones

Pour les universités et les établissements d'enseignement supérieur de l'espace francophone, plusieurs leviers concrets et applicables peuvent être envisagés pour corriger ces biais de genre :

1. La neutralisation effective des périodes d'interruption : Lors des concours de recrutement (comme les concours de maîtres de conférences ou de chargés de recherche), il convient d'appliquer des règles strictes de proratisation de la production scientifique. L'évaluation doit porter sur la qualité des travaux produits par rapport au temps de recherche effectif, et non sur une simple accumulation quantitative sur une période fixe.

2. La création de budgets de transition post-maternité : Mettre en place des décharges partielles d'enseignement ou des budgets d'assistance à la recherche au retour du congé de maternité permettrait aux chercheuses de se concentrer sur la relance de leurs publications et de leurs demandes de subventions.

3. L'assouplissement des critères de mobilité géographique : Les institutions doivent valoriser d'autres formes d'internationalisation que l'expatriation physique prolongée, telles que la participation à des projets de recherche internationaux collaboratifs à distance ou des séjours de recherche de courte durée.

4. La prolongation automatique des contrats temporaires : Pour les chercheuses sous contrat à durée déterminée (doctorantes, post-doctorantes), la prolongation du contrat de la durée exacte du congé de maternité doit être garantie et financée de manière centralisée, afin de ne pas peser sur le budget propre du laboratoire d'accueil.

En adaptant ces règles du jeu obsolètes aux réalités des parcours de vie contemporains, les institutions universitaires ne feraient pas seulement preuve de justice sociale. Elles garantiraient également une recherche plus inclusive, plus diverse et, en fin de compte, scientifiquement plus riche.

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