Sécuriser les reconversions face à la pénurie : l'exemple des formations SKE au Royaume-Uni
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Sécuriser les reconversions face à la pénurie : l'exemple des formations SKE au Royaume-Uni

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La crise d'attractivité du métier d'enseignant n'est pas une exception francophone. Elle frappe de plein fouet la majorité des systèmes éducatifs occidentaux. Face à cette pénurie structurelle, l'Angleterre a développé depuis plusieurs années un dispositif original et flexible pour élargir son vivier de candidats : les cours de Subject Knowledge Enhancement (SKE), ou renforcement des connaissances disciplinaires.

Ce dispositif, piloté et financé par le ministère de l'Éducation britannique (Department for Education), s'adresse aux personnes qui souhaitent enseigner mais dont le bagage académique initial ne correspond pas tout à fait aux exigences de la matière visée. Alors que la France, le Québec et la Belgique cherchent des solutions pour intégrer plus efficacement les professionnels en reconversion et les profils atypiques, le modèle des SKE offre une perspective riche en enseignements.

Le mécanisme des SKE : une passerelle sur-mesure

Le principe des cours de SKE est simple : permettre à un candidat d'acquérir ou de consolider les connaissances disciplinaires nécessaires avant de commencer sa formation initiale d'enseignant (Initial Teacher Training - ITT). Ce programme ne remplace pas la formation pédagogique, il la précède ou s'y imbrique.

Selon les directives officielles du Department for Education, un candidat peut se voir proposer (ou imposer) un SKE dans plusieurs situations précises :

  • Son diplôme universitaire est proche de la matière enseignée, mais n'est pas exactement celui requis (par exemple, un diplôme en ingénierie pour enseigner la physique, ou un diplôme en économie pour enseigner les mathématiques).

  • Le candidat a étudié la matière à l'université, mais cela remonte à de nombreuses années, et ses connaissances ont besoin d'être actualisées.

  • Le candidat possède une expérience professionnelle significative directement liée à la matière, mais n'a pas de diplôme universitaire spécifique dans ce domaine.

Ces modules de formation, d'une durée variable de 8 à 28 semaines, sont dispensés par des universités, des groupements d'écoles ou des prestataires privés agréés. Ils peuvent être suivis à temps plein ou à temps partiel, et très souvent en ligne, ce qui offre une flexibilité maximale pour les adultes en transition professionnelle. De plus, pour encourager les candidatures dans les disciplines en tension (comme les mathématiques, la physique, la chimie, l'informatique ou les langues vivantes), ces cours sont non seulement gratuits pour les candidats éligibles, mais s'accompagnent souvent d'une bourse d'études financière.

Élargir le vivier sans brader les exigences académiques

L'un des grands défis des ministères de l'Éducation confrontés à la pénurie est de recruter massivement sans pour autant abaisser le niveau d'exigence académique des enseignants. En France, le recours croissant aux enseignants contractuels, parfois recrutés lors de "job datings" et envoyés devant les élèves après seulement quelques jours de préparation, suscite de vives inquiétudes quant à la qualité de l'enseignement.

Le modèle anglais des SKE propose une alternative vertueuse. Plutôt que de transiger sur le niveau disciplinaire requis, l'État prend à sa charge la mise à niveau du candidat avant son entrée en classe. Cela permet de sécuriser le parcours du futur enseignant, qui aborde sa formation pratique avec une confiance renforcée dans sa maîtrise de la matière.

Pour les professionnels en reconversion, souvent rebutés par la perspective de devoir reprendre un cursus universitaire complet de plusieurs années, le SKE fonctionne comme un accélérateur de transition. Il valorise leurs compétences transversales et leur expérience de vie tout en comblant rapidement leurs lacunes académiques théoriques.

Quelles leçons pour les systèmes éducatifs francophones ?

Les pays francophones partagent des problématiques similaires de recrutement, mais leurs structures de formation restent souvent rigides. Comment le modèle SKE pourrait-il inspirer des réformes en France, au Québec ou en Belgique ?

En France : repenser l'intégration des contractuels et des troisièmes concours

En France, les candidats issus du secteur privé (via le troisième concours) ou les contractuels doivent souvent faire preuve d'une grande autonomie pour se mettre à niveau. L'introduction de modules de type SKE, financés par l'Éducation nationale et intégrés aux INSPE (Instituts nationaux supérieurs du professorat et de l'éducation), permettrait de structurer cette transition. Un ingénieur souhaitant devenir professeur de mathématiques pourrait ainsi bénéficier d'un contrat de pré-recrutement comprenant trois mois de remise à niveau académique intensive en mathématiques pures, avant de prendre ses fonctions et de suivre sa formation pédagogique.

Au Québec : assouplir l'accès aux maîtrises qualifiantes

Au Québec, face à la pénurie, les "maîtrises qualifiantes" se développent pour permettre à des diplômés du baccalauréat (l'équivalent de la licence en France) de devenir enseignants. Cependant, les exigences d'admission sur le plan disciplinaire restent parfois un obstacle majeur pour les profils multidisciplinaires ou atypiques. Des microprogrammes de mise à niveau disciplinaire inspirés des SKE, condensés et offerts en ligne par les universités québécoises, permettraient d'élargir l'accès à ces maîtrises qualifiantes sans engorger les parcours universitaires classiques.

En Belgique : faciliter les passerelles et les titres requis

En Belgique francophone, la réforme de la formation initiale des enseignants (RFIE) vise à élever le niveau de qualification. Toutefois, la rigidité des "titres et fonctions" empêche parfois des professionnels qualifiés de se réorienter facilement vers l'enseignement. Des modules de transition disciplinaire permettraient de valider formellement les compétences manquantes pour obtenir les titres requis, fluidifiant ainsi les passerelles entre le monde de l'entreprise et l'école.

Limites et points de vigilance du modèle britannique

Si le dispositif des SKE est séduisant, il convient de l'analyser avec recul. Les rapports de la National Foundation for Educational Research (NFER) au Royaume-Uni soulignent que, bien que les SKE soient un outil précieux pour diversifier le recrutement, ils ne suffisent pas à résoudre la crise d'attractivité à eux seuls.

De plus, le gouvernement britannique a récemment restreint le financement des SKE à un nombre plus limité de matières, ciblant uniquement les disciplines les plus critiques. Cette décision rappelle que la viabilité de ces dispositifs repose entièrement sur un engagement budgétaire pérenne de l'État. Enfin, la mise à niveau disciplinaire doit impérativement être suivie d'un accompagnement pédagogique solide sur le terrain, sans quoi le risque de décrochage des nouveaux enseignants reste élevé durant leurs premières années d'exercice.

Le modèle des Subject Knowledge Enhancement démontre qu'une approche flexible et pragmatique de la formation initiale peut transformer des candidats potentiels en enseignants qualifiés et confiants. Pour les systèmes francophones, l'enjeu est désormais de dépasser les corporatismes et les rigidités administratives pour concevoir des ponts similaires, capables de transformer la crise du recrutement en une opportunité d'enrichissement des profils enseignants.

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