Au Nunavik, un diplôme d’études collégiales ancré dans les savoirs, les valeurs et les modes de transmission inuit est en cours de développement. Présenté par l’Université McGill comme le premier programme de diplôme collégial dirigé par les Inuit et offert au Nunavik, il doit être pleinement élaboré à l’horizon 2028.
Cette échéance doit être comprise avec précision : la source annonce un programme qui devrait être entièrement développé en 2028, et non une ouverture garantie à cette date. La structure définitive du cursus, les compétences officiellement certifiées et l’état des démarches d’agrément ne sont pas documentés dans les informations disponibles.
Un DEC en arts, lettres et communication adapté au Nord
Le projet porte le nom d’ALC North Diploma of College Studies. Il correspond à un diplôme d’études collégiales en arts, lettres et communication adapté au contexte nordique. Selon la présentation publiée par McGill, sa conception doit reposer sur les connaissances, les valeurs et les approches inuit de l’enseignement et de l’apprentissage.
La chercheuse Michelle Smith, rattachée au Département de psychopédagogie et de counseling de McGill, participe au développement du programme avec Kativik Ilisarniliriniq, la commission scolaire du Nunavik, et le John Abbott College. La formulation employée par l’université — un programme « dirigé par les Inuit » — est substantielle : elle présente l’acteur territorial non comme un simple public consulté, mais comme une partie centrale de la conception.
Il faut néanmoins conserver l’attribution. Cette qualification provient d’une communication institutionnelle de l’université qui héberge la chercheuse engagée dans le projet. Elle ne constitue ni une évaluation indépendante, ni une validation par les pairs, ni une confirmation du statut administratif du futur diplôme. Elle établit qu’une initiative structurée est en cours, avec des partenaires identifiés et un calendrier annoncé ; elle ne permet pas encore d’en mesurer les résultats.
Trois années de cours pilotes
Le projet ne se limite pas à une déclaration d’intention. Depuis trois ans, Kativik Ilisarniliriniq et John Abbott College proposent conjointement au Nunavik des cours pilotes qui doivent contribuer à la préparation du programme complet.
Les activités mentionnées comprennent la sculpture sur stéatite, l’animation numérique, la production vidéo, la couture et les médias inuit. Leur diversité donne une première indication de l’orientation envisagée : associer des pratiques artistiques et médiatiques à des formes d’apprentissage pertinentes dans le contexte inuit.
Ces expérimentations apportent une base concrète au développement du diplôme. Elles ne permettent toutefois pas de reconstituer un référentiel officiel. Les informations disponibles ne précisent ni le nombre de cours qui seront retenus, ni leur pondération, ni les modalités d’évaluation, ni la langue d’enseignement de chaque activité. Elles ne fournissent pas non plus de données sur les inscriptions, la réussite ou la poursuite d’études des participants.
Il serait donc prématuré d’affirmer que les cours pilotes ont démontré l’efficacité du modèle. À ce stade, ils attestent une phase d’expérimentation pédagogique, pas une évaluation de ses effets.
Une offre locale presque inexistante
L’enjeu dépasse la création d’un programme culturellement adapté. Il concerne l’accès même aux études postsecondaires. Le dossier de recherche fait état d’une quasi-absence d’offre collégiale locale et estime que seuls 3 à 4 % des Nunavimmiuts détiennent des qualifications postsecondaires.
Ce chiffre mesure l’ampleur de l’écart à combler, mais il ne suffit pas à en déterminer les causes. Les sources réunies ne permettent pas d’attribuer ce faible taux à un facteur unique, qu’il s’agisse de la distance, de la langue, de l’organisation institutionnelle ou des conditions économiques. Elles montrent en revanche pourquoi la possibilité d’étudier à proximité de son lieu de vie constitue un objectif central du projet.
L’ambition annoncée est précisément d’offrir des études postsecondaires près des communautés, dans un environnement qui reflète la culture, la langue et les manières inuit de produire et de transmettre les connaissances. Cette proximité est ici à la fois géographique, culturelle et pédagogique.
Des initiatives antérieures, notamment Nunavik Sivunitsavut, ont déjà proposé des formations axées sur l’histoire, la culture et la gouvernance inuit. Les cours pilotes de l’ALC North s’inscrivent dans cet environnement d’expérimentation, tout en visant désormais la construction d’un DEC offert directement au Nunavik.
Ce que signifie — et ne signifie pas encore — une gouvernance inuit
La portée du projet tient moins à l’ajout de contenus inuit dans un programme existant qu’à l’intention de faire des connaissances et des approches pédagogiques inuit le socle du diplôme. Cette distinction rejoint un mouvement international en faveur de formations autochtones gouvernées par les communautés concernées.
Les travaux consacrés au First Nations Technical Institute au Canada, ainsi que la documentation sur l’enseignement tertiaire et les diplômés maoris en Nouvelle-Zélande, fournissent des éléments de comparaison. Ils montrent que l’ancrage culturel et la gouvernance communautaire sont devenus des objets à part entière de recherche et d’évaluation dans l’enseignement supérieur autochtone.
Ces comparaisons doivent toutefois rester prudentes. Une étude portant sur une autre communauté, une autre institution ou un autre système de qualification ne permet pas de prédire les résultats du programme nunavik. Elle peut éclairer des questions de gouvernance, de transmission culturelle ou de reconnaissance des diplômes, mais elle ne constitue pas une preuve de réussite future pour l’ALC North.
Il faut également distinguer la gouvernance annoncée de son organisation concrète. Les documents consultés ne détaillent pas la composition des instances qui décideront du curriculum, la répartition formelle des responsabilités entre les trois partenaires ou les mécanismes par lesquels les communautés participeront aux choix pédagogiques. L’expression « dirigé par les Inuit » décrit l’orientation du projet ; ses modalités devront encore être rendues publiques.
Trois points décisifs restent ouverts
Le premier concerne le contenu officiel du diplôme. Les cours pilotes indiquent des domaines de travail, mais aucune structure détaillée du curriculum ni aucune liste de compétences certifiées n’est disponible. Il reste notamment à savoir comment les apprentissages artistiques, linguistiques, médiatiques et généraux seront articulés.
Le deuxième porte sur le statut formel du programme. Les sources ne précisent pas où en est le projet dans les procédures d’agrément du ministère québécois de l’Enseignement supérieur. En l’absence de confirmation publique, il convient de parler d’un DEC en développement, et non d’un diplôme déjà approuvé ou accessible aux inscriptions.
Le troisième est celui de la mise en œuvre. Le dossier ne documente ni le budget, ni le financement à long terme, ni les effectifs prévus, ni les lieux précis d’enseignement. Il ne permet pas davantage d’établir quelles ressources humaines seront nécessaires pour assurer durablement les cours. Ces sujets sont essentiels, mais toute réponse détaillée serait aujourd’hui spéculative.
Ce qu’il faudra vérifier d’ici 2028
L’annonce repose donc sur plusieurs éléments tangibles : un diplôme identifié, trois partenaires, des cours pilotes déjà offerts et un objectif de développement complet autour de 2028. Elle répond par ailleurs à une situation documentée de très faible accès aux qualifications postsecondaires.
La prochaine étape sera de passer de l’orientation pédagogique au cadre vérifiable. La publication du curriculum, la définition des compétences, la clarification de la gouvernance, la confirmation du statut officiel et la présentation des conditions de financement permettront de juger si l’expérimentation devient une offre collégiale durable.
À ce stade, l’ALC North est une initiative avancée et documentée, mais encore en construction. Sa nouveauté réside dans la volonté d’offrir le programme au Nunavik et de l’ancrer dans les savoirs inuit. Ses effets sur l’accès, la réussite et la poursuite d’études ne pourront être évalués qu’après sa mise en œuvre.
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