Le ministère britannique de l’Éducation a publié une annonce statistique concernant le recensement des entrées en formation initiale des enseignants en Angleterre pour 2026-2027. Elle confirme l’existence de données provisoires par niveau et par discipline. Toutefois, les tableaux détaillés et les totaux correspondants ne sont pas accessibles dans la documentation actuellement consultable. Il est donc impossible, à ce stade, de chiffrer les recrutements de 2026-2027 ou d’établir leurs taux de couverture par matière.
Cette limite oblige à distinguer trois ensembles de données : les entrées effectivement recensées en 2025-2026, les besoins projetés pour 2026-2027 et la communication gouvernementale sur les disciplines scientifiques. Ces indicateurs n’ont ni le même périmètre ni la même fonction. Les confondre donnerait une image trompeuse de l’état du recrutement enseignant.
Un rebond établi en 2025-2026
Le recensement de la formation initiale fait état de 32 175 nouveaux entrants en Angleterre en 2025-2026, toutes voies confondues. Ils étaient 28 898 en 2024-2025, après révision de cette dernière donnée. L’augmentation atteint donc 11 %.
Le communiqué gouvernemental « More people training to teach » reprend ce résultat en indiquant qu’un peu plus de 32 000 personnes ont choisi de se former à l’enseignement. Il affirme également que l’objectif global de recrutement des futurs enseignants dans les disciplines STEM — sciences, technologie, ingénierie et mathématiques — est dépassé pour la première fois depuis 2019. Il s’agit néanmoins d’une annonce institutionnelle : le communiqué valorise l’évolution d’ensemble, tandis que le recensement statistique en fournit la mesure.
Toutes les voies ne suivent pas la même trajectoire. Les formations de niveau undergraduate comptent 5 555 entrants, contre 4 790 l’année précédente, soit une hausse de 16 %. À l’inverse, l’Early Years Initial Teacher Training (EYITT), consacré à la petite enfance, recule de 580 à 536 entrants, soit −8 %. Le rebond agrégé masque donc au moins une évolution défavorable.
Autre précaution : les chiffres de 2025-2026 sont provisoires. La documentation méthodologique indique qu’ils pourront être révisés, comme l’ont déjà été ceux de 2024-2025 et des années antérieures. Le niveau exact de la hausse n’est donc pas encore définitif, même si son ampleur actuelle est nette.
Des besoins projetés en forte baisse
La publication « Teacher demand and postgraduate trainee need: 2026 to 2027 » estime à 20 800 le nombre de stagiaires en formation initiale postgraduate nécessaires en 2026-2027 pour assurer une offre suffisante de nouveaux enseignants en 2027-2028. Ce besoin projeté diminue de 6 120 personnes, soit −22,7 %, par rapport à l’estimation retenue pour 2025-2026.
La baisse est encore plus marquée dans le primaire : le besoin de stagiaires postgraduate passe de 7 650 en 2025-2026 à 5 520 en 2026-2027. Cela représente 2 130 personnes de moins, soit −27,8 %.
Cette diminution prolonge une tendance déjà visible dans les documents remis au School Teachers’ Review Body. Son 34ᵉ rapport indiquait que 33 355 stagiaires postgraduate étaient requis en 2024-2025 afin d’assurer une offre suffisante l’année suivante, soit une baisse de 6,1 % par rapport à la cible antérieure. Dans sa contribution au STRB pour 2026, le gouvernement fixe par ailleurs la cible PGITT de 2025-2026 à 26 920, niveau inférieur de 19 % à celui de 2024-2025. Il attribue cette évolution à l’amélioration attendue de la rétention et à celle des effectifs d’élèves.
Ces valeurs montrent une baisse continue des besoins ou cibles nationaux présentés dans les publications successives. Elles ne prouvent toutefois pas, à elles seules, que les difficultés de recrutement ont disparu.
Entrées, cibles et besoins : des chiffres à ne pas confondre
Les 32 175 entrants de 2025-2026 couvrent l’ensemble des voies recensées, alors que les 20 800 stagiaires nécessaires en 2026-2027 concernent uniquement les formations postgraduate. Il serait donc erroné de diviser directement le premier chiffre par le second pour produire un taux de couverture, ou de conclure que l’Angleterre disposerait d’un excédent de plus de 11 000 stagiaires.
Il faut également distinguer une entrée observée d’un besoin modélisé. Le recensement mesure des personnes effectivement engagées dans une formation. Le trainee need estime combien de stagiaires seraient nécessaires pour alimenter ultérieurement le système scolaire, à partir d’hypothèses portant notamment sur les effectifs d’élèves et la rétention. Une modification de ces hypothèses peut faire varier la cible sans que l’attractivité du métier ait changé dans les mêmes proportions.
Le rebond des entrées et la baisse des besoins peuvent donc se produire simultanément. Cette combinaison améliore mécaniquement la capacité à atteindre certaines cibles, mais ne permet pas de conclure à une résolution générale des pénuries, notamment lorsqu’elles sont concentrées dans certaines matières.
Une rétention stable à court terme, faible à cinq ans
Les données de « School workforce in England » permettent de préciser l’argument gouvernemental sur la rétention. Parmi les enseignants qualifiés en 2024, 89,7 % sont encore en poste un an après leur qualification. Pour la cohorte qualifiée en 2023, cette proportion était de 89,9 %. Sur cet indicateur précis, les données montrent donc une quasi-stabilité, et non une amélioration mesurable.
La proportion encore en poste descend à 75,8 % après trois ans, puis à 67,4 % après cinq ans. Environ un tiers des membres de la cohorte n’est donc plus compté comme étant en exercice au terme de cinq années selon cet indicateur.
Cette statistique doit être interprétée correctement. Elle suit des cohortes de nouveaux enseignants qualifiés ; elle ne mesure pas la rétention annuelle de l’ensemble du corps enseignant. Elle ne permet pas non plus, sans données complémentaires, d’attribuer les sorties à une cause particulière. L’invocation d’une « amélioration de la rétention » dans les projections gouvernementales ne peut donc pas être validée ou réfutée à partir du seul taux observé un an après la qualification.
Les pénuries disciplinaires restent le principal angle mort
Le gouvernement annonce avoir dépassé sa cible globale pour les disciplines STEM, mais la documentation disponible ne fournit pas les taux de couverture de chaque matière. Un résultat agrégé ne permet pas de savoir si toutes les disciplines scientifiques progressent de manière comparable ni si certaines restent nettement sous leur besoin projeté.
Le même problème se pose pour 2026-2027. L’annonce statistique indique que des données par discipline et par niveau existent, mais leurs valeurs détaillées ne sont pas accessibles dans les extraits disponibles. Il serait donc prématuré d’affirmer que la physique, les mathématiques, l’informatique ou toute autre matière a atteint sa cible. Il serait tout aussi imprudent de quantifier leurs déficits sans disposer des tableaux complets.
Ce que l’on peut conclure — et ce qui reste à vérifier
Deux constats sont solidement établis. Premièrement, les entrées en formation initiale ont augmenté de 11 % en 2025-2026, avec une progression particulièrement forte des voies undergraduate. Deuxièmement, le besoin projeté de stagiaires postgraduate pour 2026-2027 baisse fortement, en particulier dans le primaire.
En revanche, les données disponibles ne permettent pas encore de mesurer le recrutement effectif de 2026-2027, ni de déterminer si les difficultés propres à chaque discipline ont été résorbées. La priorité, lors de l’accès aux tableaux complets, sera donc de comparer les entrants aux besoins selon un périmètre identique, puis d’examiner séparément chaque matière et chaque voie de formation.
Le rebond de 2025-2026 est réel. Mais il intervient dans un cadre où les besoins nationaux projetés diminuent et où la situation détaillée des disciplines demeure incomplètement documentée. Il constitue un progrès du recrutement, pas encore la preuve d’une sortie générale de la pénurie.
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