STEM après l’école : une offre en hausse, un accès rural toujours inégal
Pratiques pédagogiques

STEM après l’école : une offre en hausse, un accès rural toujours inégal

États-Unis
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Une progression réelle, mesurée auprès des parents

Les activités scientifiques, technologiques, d’ingénierie et de mathématiques, regroupées sous l’acronyme STEM, occupent une place croissante dans les programmes américains après l’école. Selon les enquêtes America After 3PM de l’Afterschool Alliance, 69 % des parents dont l’enfant fréquentait un programme périscolaire déclaraient en 2014 que celui-ci proposait des activités STEM. Cette proportion atteignait 73 % en 2020.

Le rapport estime qu’en 2020, près des trois quarts des participants au périscolaire, soit environ 5,74 millions d’enfants, bénéficiaient ainsi d’occasions de pratiquer les STEM. Cette estimation décrit toutefois l’offre perçue par les familles déjà utilisatrices d’un programme : elle ne signifie ni que trois quarts de l’ensemble des enfants américains y avaient accès, ni que les activités proposées étaient régulières ou pédagogiquement équivalentes.

La progression concerne notamment les composantes technologiques et d’ingénierie. Dans les territoires ruraux, la part des parents signalant ce type d’activités est passée de 21 % en 2014 à 34 % en 2020. Malgré cette hausse, leur disponibilité demeurait inférieure à la moyenne nationale.

Les données consolidées ici s’arrêtent à 2020. Elles suffisent à établir une extension de l’offre, mais pas une quasi-généralisation à l’ensemble des enfants américains.

Un écart rural qui dépend de l’indicateur choisi

Le rapport Spiking Demand, Growing Barriers, consacré aux communautés rurales, invite à distinguer la présence déclarée d’une activité STEM de sa fréquence effective.

Sur le premier indicateur, la situation rurale s’est améliorée : 66 % des parents ruraux déclaraient en 2014 que le programme de leur enfant proposait des activités STEM, contre 70 % en 2020. Cette dernière année, le taux atteignait néanmoins 72 % dans les zones suburbaines et 79 % dans les zones urbaines. L’écart entre territoires ruraux et urbains restait donc de neuf points.

La différence devient plus nette lorsque l’on examine la régularité. La proportion de parents ruraux déclarant que leur enfant pratiquait les STEM plus d’une fois par semaine est passée de 45 % en 2014 à 55 % en 2020. La progression est substantielle, mais le niveau de 2020 restait inférieur à celui observé dans les zones non rurales, où il atteignait 61 %, et dans les zones urbaines, à 65 %.

Ces chiffres font apparaître un décalage entre couverture et intensité. Un programme peut être comptabilisé comme proposant des STEM même si l’activité est ponctuelle. À l’inverse, une pratique plusieurs fois par semaine suppose une exposition plus régulière. Les enquêtes ne permettent cependant pas de déterminer la durée des séances, leur contenu, la qualification des intervenants ou les apprentissages réalisés.

Il serait donc excessif de conclure que l’écart rural a disparu au motif que sept parents ruraux sur dix signalent une composante STEM. L’offre s’est étendue, mais les enfants concernés y sont moins fréquemment exposés que leurs homologues urbains.

L’offre périscolaire ne rejoint pas tous les enfants

Une deuxième limite tient au périmètre même des enquêtes sur les activités STEM : les principaux pourcentages portent sur les enfants déjà inscrits dans un programme après l’école. Ils décrivent mal ceux qui restent à l’extérieur du dispositif.

Les synthèses nationales d’America After 3PM font état d’une demande non satisfaite importante. Au cours des années 2010, plus de la moitié des enfants dont les parents souhaitaient une place dans un programme après l’école n’y étaient pas inscrits. L’augmentation de la proportion de programmes proposant des STEM peut donc coexister avec un accès globalement insuffisant au périscolaire.

Le rapport rural identifie trois obstacles récurrents : l’insuffisante disponibilité des programmes, leur coût et le transport. Ces contraintes peuvent se cumuler dans les territoires peu denses. Les données disponibles ne permettent toutefois pas de classer systématiquement ces obstacles ni d’affirmer que l’un d’eux explique à lui seul l’écart observé.

Cette distinction est essentielle : une activité peut exister localement sans être accessible à toutes les familles. Son coût, ses horaires, le nombre de places ou l’absence de solution de transport peuvent limiter la participation. La présence d’une ligne « STEM » dans le catalogue d’un programme ne constitue donc pas, à elle seule, une mesure d’équité.

Une participation faible même lorsque l’option existe

Une analyse distincte de la RAND Corporation, menée auprès de chefs d’établissement, renforce cette prudence. Environ 65 % des écoles travaillant avec un partenaire extérieur pour leur offre périscolaire proposaient une option STEM. Pourtant, les directions estimaient qu’en moyenne 14 % seulement de leurs élèves y participaient.

Cette enquête ne porte pas exclusivement sur les zones rurales et ne doit pas être confondue avec les questionnaires adressés aux parents par l’Afterschool Alliance. Elle met néanmoins en évidence le même problème de mesure : le pourcentage d’établissements ou de programmes disposant d’une option ne renseigne pas directement sur la proportion d’élèves qui la fréquentent.

Le taux de 14 % est une estimation déclarée par les chefs d’établissement, non un décompte exhaustif des inscriptions. Il suggère un enjeu de capacité ou d’accès, mais ne permet pas d’en identifier les causes ni d’attribuer la faible participation à un facteur particulier.

Ce que ces enquêtes établissent — et ce qu’elles n’établissent pas

Les séries America After 3PM reposent sur de vastes questionnaires auprès de parents, couvrant plusieurs dizaines de milliers de ménages. Leur répétition permet de comparer les déclarations de 2014 et de 2020, ainsi que les écarts entre territoires ruraux, suburbains et urbains.

Il s’agit néanmoins de données déclaratives. Elles mesurent ce que les parents savent ou perçoivent du programme fréquenté par leur enfant. Elles n’évaluent directement ni la qualité pédagogique des activités, ni les compétences acquises, ni leurs effets sur l’orientation scolaire.

Ces résultats sont par ailleurs descriptifs. Ils montrent une association entre ruralité et moindre fréquence de participation, mais ne démontrent pas que la ruralité en est la cause. Les écarts peuvent être liés à plusieurs facteurs entremêlés, notamment la disponibilité locale, le coût et le transport. De même, les données ne permettent pas d’affirmer que la présence d’une activité STEM améliore automatiquement les résultats scolaires.

Trois repères pour évaluer une politique périscolaire

Pour les équipes éducatives francophones, le premier enseignement est méthodologique : il faut séparer au moins trois indicateurs. Le premier mesure la couverture, c’est-à-dire la proportion de structures annonçant une activité scientifique. Le deuxième mesure l’intensité, par exemple le nombre de séances et leur régularité. Le troisième mesure la participation effective, en rapportant le nombre d’enfants présents au nombre d’élèves susceptibles d’en bénéficier.

Le deuxième enseignement consiste à documenter les non-participants. Une enquête limitée aux familles inscrites renseigne sur l’expérience des usagers, mais pas sur les obstacles rencontrés par les autres. Les coûts, les horaires, le transport, le manque de places et l’information disponible doivent être étudiés séparément plutôt que déduits du seul taux de fréquentation.

Enfin, toute transposition hors des États-Unis doit rester prudente. L’organisation du périscolaire, son financement et les responsabilités des collectivités diffèrent selon les pays. Les données américaines ne fournissent donc pas un modèle directement transférable. Elles offrent surtout une mise en garde robuste : une offre peut progresser en moyenne sans effacer les inégalités territoriales, et l’existence d’une activité ne garantit ni son accessibilité, ni sa fréquence, ni sa qualité.

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