PISA 2025 : ce que la chute de la lecture établit — et ce qu’elle ne prouve pas
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PISA 2025 : ce que la chute de la lecture établit — et ce qu’elle ne prouve pas

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Un recul historique, mais inégal selon les disciplines

Les résultats de PISA 2025 indiquent une baisse marquée des performances des élèves de 15 ans dans l’ensemble de l’OCDE. Les moyennes atteignent leurs plus bas niveaux observés depuis la création du programme en lecture, en mathématiques et en sciences. L’ampleur du recul diffère toutefois fortement selon les domaines.

Entre 2015 et 2025, la moyenne de l’OCDE passe de 489 à 461 points en lecture, soit une perte de 28 points. En mathématiques, elle recule de 485 à 463 points, soit 22 points. La baisse est nettement plus limitée en sciences : de 489 à 482 points, soit 7 points. Sur la période la plus récente, entre 2022 et 2025, la lecture perd environ 14 points et les mathématiques 9 points, tandis que les sciences restent relativement stables.

Les communiqués accompagnant les résultats qualifient ces baisses de fortes et de sans précédent. Une réserve doit néanmoins être conservée : le tableau technique permettant de vérifier, indicateur par indicateur, les tests de significativité statistique n’a pas été examiné ici dans le détail. Les tendances générales sont solidement documentées, mais toutes les différences ponctuelles ne doivent donc pas être commentées comme si leur portée statistique avait été vérifiée séparément.

PISA 2025 constitue le neuvième cycle du Programme international pour le suivi des acquis des élèves. Les sciences en sont le domaine principal, aux côtés de la lecture, des mathématiques et d’un nouveau domaine consacré aux apprentissages dans le monde numérique. Selon une synthèse publiée par une organisation patronale liée à l’OCDE, plus de 760 000 élèves de 91 pays ou économies ont participé à l’enquête. Ce chiffre donne une idée de son ampleur, mais il provient d’une synthèse institutionnelle associée à l’OCDE et non d’une publication scientifique indépendante.

En France, la lecture et les mathématiques au plus bas

Les scores français rapportés pour 2025 s’établissent à 456 points en lecture, 458 en mathématiques et 483 en sciences. La lecture et les mathématiques atteignent ainsi leurs niveaux les plus faibles depuis le lancement de PISA en 2000. Les sciences résistent mieux et restent proches de la moyenne de l’OCDE.

En lecture, la France perd environ 18 points entre 2022 et 2025 et plus de 40 points sur la dernière décennie. En mathématiques, le recul atteint 16 points depuis 2022 et environ 30 points depuis 2018. Depuis 2006, la baisse cumulée en mathématiques est estimée à 35 points. Une autre synthèse évalue à environ 40 points la diminution française en lecture comme en mathématiques entre 2015 et 2025.

Ces chiffres placent globalement la France dans la zone de la moyenne de l’OCDE, mais ils montrent aussi que sa dégradation, notamment en mathématiques, est plus prononcée que celle de plusieurs pays comparables. Il est préférable de s’en tenir à ce constat plutôt que de surinterpréter un rang de classement, sensible à des écarts parfois faibles entre pays.

La conversion fréquemment proposée entre points PISA et « années de scolarité » appelle la même prudence. La règle souvent citée situe une année entre 20 et 30 points. Selon cette approximation, une perte de 40 points pourrait être présentée comme proche de deux années d’apprentissage. Il ne s’agit pourtant pas d’une mesure directe du retard scolaire, mais d’un ordre de grandeur dont la valeur dépend du contexte et des hypothèses retenues.

La distribution est plus instructive que la moyenne

La moyenne nationale ne suffit pas à décrire la dégradation. En France, environ 64 % des élèves atteignent au moins le niveau 2 en mathématiques et 67 % en lecture. Inversement, près d’un élève sur trois se situe sous ce seuil dans chacun de ces domaines.

En mathématiques, la proportion d’élèves en grande difficulté atteint 36 %. La part des très bons élèves n’est plus que de 4 % à 5 %, selon les sources secondaires disponibles, contre 7 % à 8 % en moyenne dans l’OCDE. Les petites différences entre ces estimations tiennent notamment aux sources et aux catégories reprises ; elles ne remettent pas en cause le constat général d’un sommet de la distribution moins fourni en France.

Entre 2015 et 2025, la part d’élèves français en difficulté augmente de 11 points en lecture, de 12 points en mathématiques et de 4 points en sciences. La dégradation ne se réduit donc pas à quelques élèves supplémentaires juste sous la moyenne : elle associe une progression des faibles performances à une diminution de la proportion d’élèves très performants, particulièrement visible en mathématiques.

Les données disponibles dans le dossier ne permettent toutefois pas de comparer avec la même précision cette évolution de la distribution dans l’ensemble des pays de l’OCDE. Elles ne suffisent pas non plus à conclure qu’un facteur unique agirait uniformément sur tous les élèves français.

L’IA générative n’est pas une cause établie

La proximité chronologique entre la diffusion de l’intelligence artificielle générative et PISA 2025 alimente une explication séduisante : les élèves délégueraient davantage leurs tâches de lecture ou d’écriture, ce qui ferait baisser leurs performances. Les résultats disponibles ne permettent pas de transformer cette hypothèse en conclusion causale.

PISA peut mettre en relation des usages déclarés, des caractéristiques scolaires et des scores. Une telle association reste corrélationnelle. Si les élèves qui déclarent certains usages numériques obtiennent de moins bons résultats, plusieurs mécanismes sont possibles : l’usage peut contribuer aux difficultés, mais les élèves déjà en difficulté peuvent aussi recourir davantage à ces outils. Des facteurs tiers — engagement, environnement scolaire ou caractéristiques sociales — peuvent également intervenir.

La chronologie impose une objection supplémentaire : le recul mesuré s’étend de 2015 à 2025 et commence donc bien avant la diffusion massive des outils d’IA générative auprès du grand public. Celle-ci ne peut pas expliquer à elle seule une tendance engagée plusieurs années auparavant.

Il est pédagogiquement pertinent de distinguer un outil qui remplace l’effort cognitif d’un outil qui soutient la reformulation, le questionnement ou la vérification. Mais cette distinction constitue une hypothèse de travail pour les équipes éducatives, pas un résultat démontré par PISA 2025. Les données ne justifient ni la mise en accusation générale de l’IA ni l’affirmation inverse selon laquelle elle serait sans effet.

Climat scolaire et engagement : des facteurs à examiner

Les bases PISA apportent aussi des indications sur le climat scolaire et l’engagement des élèves. Ces dimensions apparaissent liées aux performances et méritent d’être examinées, notamment parce qu’elles sont plus directement accessibles à l’action éducative que les explications technologiques globales.

Elles ne doivent cependant pas être présentées comme des causes prouvées de la baisse. Une partie de ces informations repose sur les déclarations des élèves ou des établissements. Elles permettent d’identifier des associations robustes et de formuler des hypothèses, mais non d’isoler automatiquement l’effet propre du climat scolaire, de la motivation ou du sentiment d’appartenance.

La conclusion raisonnable est donc double : ces facteurs ne sont pas de simples éléments de décor, mais PISA ne suffit pas à déterminer lequel a provoqué le recul observé ni dans quelle proportion.

Ce que PISA autorise à conclure

PISA 2025 établit trois faits majeurs : une chute durable de la lecture et des mathématiques dans l’OCDE, une dégradation particulièrement marquée en France dans ces deux domaines, et une distribution française fragilisée à la fois par la progression des faibles performances et par le recul des meilleurs élèves. Les sciences résistent davantage.

En revanche, l’enquête ne permet pas d’attribuer cette évolution à l’IA générative, aux enseignants, à une réforme particulière ou à un facteur social unique. Les volumes PISA sont des rapports institutionnels élaborés avec des méthodes statistiques éprouvées, notamment l’échantillonnage probabiliste et les modèles de réponse à l’item. Ils ne sont pas des articles évalués par les pairs. La méthode détaillée d’échantillonnage propre au cycle 2025 n’a pas non plus été vérifiée ici directement dans le Volume I.

La publication récente des données signifie enfin qu’aucune méta-analyse externe ni vague importante d’études indépendantes évaluées par les pairs n’est encore disponible sur ce cycle. Les fichiers PISA permettront des analyses multivariées et des travaux sur les inégalités, mais ces recherches restent à conduire.

Pour une équipe éducative, les données justifient donc de suivre séparément la lecture, les mathématiques et les sciences, ainsi que les parts d’élèves sous le niveau 2 et aux niveaux les plus élevés. Elles invitent aussi à encadrer les usages de l’IA sans leur attribuer prématurément la baisse. PISA est un signal statistique puissant ; ce n’est pas, à lui seul, un diagnostic causal.

Sources citées

Corpus de veille

Fils consultés pour choisir l'angle. Ils documentent la matière première, pas des citations du texte.

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