Un écart moyen supérieur à 3 000 £
Le Department for Education (DfE) a publié en septembre 2026 une étude réalisée par KPMG sur le coût des formations de premier cycle en Angleterre. À partir des données de 2023-2024, elle évalue le coût économique complet annuel moyen de la formation d’un étudiant à 12 317 £, toutes disciplines confondues.
La même année, les droits de scolarité des étudiants britanniques de premier cycle étaient plafonnés à 9 250 £. La différence arithmétique atteint 3 067 £ par étudiant et par an. Les présentations sectorielles de l’étude, notamment celles de Times Higher Education et du Russell Group, retiennent ainsi un écart moyen d’environ 3 000 £.
Cette comparaison met en évidence un déséquilibre, mais elle doit être formulée avec précision. Le coût économique complet n’est ni le prix directement facturé à l’étudiant ni le coût marginal d’une place supplémentaire. Il vise à prendre en compte l’ensemble des ressources nécessaires à l’activité d’enseignement. De leur côté, les droits ne constituent pas nécessairement l’intégralité des recettes associées à chaque formation. L’écart entre les deux montants ne peut donc pas être assimilé, établissement par établissement, à une perte comptable uniforme de 3 067 £.
Il n’en reste pas moins que les droits plafonnés sont inférieurs au coût complet moyen mesuré par KPMG. L’étude fournit ainsi une base plus solide au constat de sous-financement que ne le ferait la seule comparaison des budgets globaux des universités.
Toutes les grandes familles disciplinaires dépassent le plafond
Le résultat le plus significatif concerne la ventilation par discipline. Selon l’étude, toutes les grandes familles de formations présentent un coût annuel supérieur au plafond de 9 250 £ applicable en 2023-2024.
Les écarts les plus importants concernent les disciplines nécessitant des équipements, des infrastructures ou un encadrement particulièrement coûteux :
- médecine et odontologie : 19 986 £ par étudiant et par an ;
- sciences physiques : 16 466 £ ;
- sciences de la Terre, géographie, sciences de l’environnement, agriculture et études alimentaires : 14 083 £.
Mais le phénomène ne se limite pas aux formations expérimentales ou cliniques. Les mathématiques, souvent rangées parmi les disciplines relativement peu coûteuses, atteignent 12 891 £. Le coût est estimé à 10 340 £ pour les autres sciences sociales et à 10 276 £ pour les études générales et combinées.
Le droit, avec 9 475 £, figure parmi les formations les moins coûteuses du classement. Son coût complet demeure néanmoins supérieur de 225 £ au plafond de l’époque. Il serait donc excessif d’opposer simplement des formations scientifiques déficitaires à des cursus non expérimentaux qui s’autofinanceraient entièrement par les droits nationaux : à l’échelle des catégories étudiées, aucune ne passe sous le seuil de 9 250 £.
Ces moyennes disciplinaires ne décrivent toutefois pas chaque cursus ni chaque établissement. Elles ne permettent pas, à elles seules, de conclure qu’une formation donnée présente exactement le même coût dans toutes les universités anglaises.
Une hausse nette depuis la précédente étude KPMG
Une précédente étude de KPMG pour le DfE, fondée sur les données de 2016-2017, estimait le coût moyen unitaire des formations à temps plein à 10 372 £ par étudiant et par an. Le nouveau montant de 12 317 £ lui est supérieur de 1 945 £, soit environ 19 % en valeur nominale.
Cette évolution ne suffit pas à établir une dégradation de la productivité, pas plus qu’elle ne prouve à elle seule une amélioration de la qualité. Pour interpréter rigoureusement l’écart entre les deux études, il faudrait notamment tenir compte de l’évolution générale des prix et vérifier la comparabilité exacte des périmètres et des méthodes. Rien, dans les chiffres retenus ici, ne permet d’attribuer causalement cette hausse à un facteur unique.
La revue Augar de 2019 avait déjà attiré l’attention sur les limites du financement des formations dites peu coûteuses. En s’appuyant sur les données de coûts disponibles, elle indiquait qu’une part significative de ces formations présentait un coût économique complet supérieur à 10 000 £ par étudiant et par an, alors que les droits étaient de l’ordre de 9 000 £. Le problème mis au jour par la nouvelle étude ne constitue donc pas une rupture soudaine : il prolonge un déséquilibre documenté depuis plusieurs années.
Des droits revalorisés, mais toujours inférieurs au coût observé
Le plafond anglais évolue à partir de 2026-2027. Pour les établissements relevant de la catégorie « approved (fee cap) », disposant d’une évaluation TEF et d’un plan d’accès, il est porté à 9 790 £ pour une formation standard à temps plein. Une nouvelle hausse à 10 050 £ est prévue en 2027-2028.
Même ce second montant resterait inférieur de 2 267 £ au coût moyen de 12 317 £ mesuré sur les données de 2023-2024. Cette comparaison ne préjuge pas des coûts qui seront effectivement constatés en 2027-2028, mais elle montre que les revalorisations annoncées ne comblent pas, à elles seules, l’écart observé trois ans auparavant.
Le cas du droit illustre également la nécessité de comparer des années identiques. Son coût de 9 475 £ dépassait le plafond de 2023-2024, mais il est inférieur aux plafonds annoncés pour 2026-2027 et 2027-2028. Cela ne signifie pas que cette discipline deviendra nécessairement excédentaire : ses coûts auront eux aussi pu évoluer entre-temps.
Un problème qui dépasse les seules licences anglaises
Les données de UK Research and Innovation éclairent la situation financière plus générale du secteur universitaire. Leur périmètre porte sur l’ensemble du Royaume-Uni, et non sur la seule Angleterre : elles ne doivent donc pas être confondues avec l’étude du DfE.
Pour 2021-2022, UKRI estimait que le coût économique complet de l’enseignement, de la recherche et des autres activités universitaires dépassait les revenus correspondants de 2,2 milliards de livres. L’organisme évaluait séparément le déficit de l’enseignement financé sur fonds publics à plus de 1 milliard de livres et celui de la recherche à près de 5 milliards.
Les données de 2023-2024 font apparaître des tensions encore plus importantes : 6,2 milliards de livres de déficit pour la recherche et 2 milliards pour l’enseignement public. UKRI chiffre à 11,334 milliards de livres le besoin global de péréquation interne, c’est-à-dire les ressources que les établissements doivent trouver ailleurs pour compenser les activités qui ne couvrent pas leur coût économique complet.
Ces montants ne doivent pas être additionnés mécaniquement au déficit moyen calculé à partir de l’étude KPMG : les périmètres, les activités et les unités d’analyse diffèrent. Ils convergent néanmoins sur un constat documenté également par le National Audit Office et la House of Commons Library : de nombreuses activités d’enseignement et de recherche ne produisent pas, directement, des revenus suffisants pour couvrir leur coût complet.
Ce que l’étude permet réellement de conclure
L’étude ne démontre pas qu’un relèvement des droits serait l’unique réponse possible. Elle ne mesure pas non plus, à elle seule, la qualité pédagogique ni l’efficacité de chaque établissement. Elle établit en revanche trois éléments robustes.
Premièrement, le coût complet moyen d’une année de premier cycle en Angleterre était nettement supérieur aux droits plafonnés en 2023-2024. Deuxièmement, cet écart concernait toutes les grandes familles disciplinaires, y compris le droit, les mathématiques et les sciences sociales. Troisièmement, les difficultés de financement de l’enseignement s’inscrivent dans un déséquilibre universitaire plus large, particulièrement marqué pour la recherche.
Le choix entre une augmentation des recettes publiques, une nouvelle progression des droits, une différenciation accrue des financements selon les disciplines ou une réduction des coûts relève de l’arbitrage politique. L’apport essentiel du travail de KPMG est plus circonscrit, mais décisif : rendre visibles des coûts qui demeurent souvent agrégés et permettre que le débat parte de montants comparables plutôt que d’impressions générales.




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