Lecture aux États-Unis : le rattrapage s’amorce, l’effet de la « science of reading » reste à démontrer
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Lecture aux États-Unis : le rattrapage s’amorce, l’effet de la « science of reading » reste à démontrer

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Les dernières données de NWEA apportent un signal encourageant : après plusieurs années à un niveau post-Covid dégradé, les scores de lecture des élèves américains des grades 1 à 8 ont commencé à combler une partie de leur retard. Ce retournement ne permet toutefois pas d’attribuer les résultats observés en Ohio à la réforme dite de la « science of reading ». Les indicateurs de cet État sont contrastés et aucune étude publiée ne permet encore d’isoler un effet causal de la loi.

Un rattrapage national tardif et encore partiel

La dégradation est bien documentée. Entre le printemps 2019 et le printemps 2021, les scores de lecture aux tests adaptatifs MAP Growth ont reculé dans l’ensemble de la distribution. Les baisses ont été plus fortes parmi les élèves initialement les moins performants.

La reprise a ensuite été lente. Pendant l’année scolaire 2022-2023, la croissance en lecture est restée inférieure de 1 à 19 % aux tendances observées avant la pandémie, selon le niveau scolaire. NWEA estimait alors que l’élève moyen aurait eu besoin de l’équivalent de 4,1 mois de scolarité supplémentaires pour retrouver le niveau de lecture de 2019.

Une exception apparaissait en grade 3, où les gains de 2022-2023 dépassaient ceux des cohortes pré-Covid. La situation était nettement moins favorable dans les grades 6 à 8, particulièrement pour les élèves les plus en difficulté, dont les résultats stagnaient davantage.

L’année 2023-2024 n’a pas confirmé une reprise générale. La croissance en lecture est demeurée inférieure de 1 à 21 % aux tendances prépandémiques dans presque tous les grades. Le retard moyen estimé est passé de 4,1 à 4,8 mois de scolarité. NWEA indique également que l’écart moyen de score entre les cohortes post-Covid et pré-Covid s’est élargi de 36 % sur l’ensemble des grades. Ce chiffre décrit une augmentation relative de l’écart entre cohortes, et non une chute de 36 % des scores.

La note récente de NWEA, « Turning a corner in reading », marque donc une inflexion réelle. Après être restés à un niveau bas entre 2022 et 2025, les scores des grades 1 à 8 ont comblé entre 15 et 33 % du retard de lecture restant entre le printemps 2025 et le printemps 2026, selon le grade. Il s’agit d’un rattrapage substantiel sur une année, mais non d’un retour généralisé au niveau de 2019.

La maternelle suit une trajectoire différente. Ses scores n’ont pas connu la même stagnation : ils ont progressé régulièrement entre 2022 et 2026 et se situent désormais à 0,05 écart-type au-dessus de la moyenne prépandémique de 2019. Il serait donc imprécis de présenter l’ensemble du K-8 comme un bloc homogène sortant simultanément d’une période de stagnation.

Ce que mesurent réellement les données NWEA

Les analyses reposent sur plusieurs millions de tests MAP Growth et suivent des cohortes par niveau scolaire. Les chercheurs comparent leur croissance sur l’échelle de scores RIT à celle observée parmi les cohortes de 2015 à 2019. La conversion des écarts en « mois de scolarité » facilite la lecture, mais elle reste une estimation fondée sur la vitesse de progression antérieure : elle ne correspond pas à un nombre littéral de mois qu’il suffirait d’ajouter au calendrier.

Ces travaux décrivent des tendances de grande ampleur, sans constituer un recensement de tous les élèves américains ni une expérimentation causale. Les rapports publics consultés ne fournissent pas non plus de ventilation complète croisant, depuis 2022, le grade, le milieu socio-économique, le handicap et le statut linguistique. NWEA documente des difficultés plus prononcées dans les bas percentiles, notamment au collège, mais les données disponibles ne permettent pas d’affirmer que le redressement récent bénéficie également à tous les groupes.

L’Education Recovery Scorecard donnait un signal différent

L’Education Recovery Scorecard estimait qu’entre 2019 et 2022 les élèves avaient perdu l’équivalent de 0,31 niveau scolaire en lecture, contre 0,53 en mathématiques. Entre les printemps 2022 et 2023, ils auraient récupéré 0,08 niveau en lecture, soit environ un quart de la perte. Selon cette métrique, les apprentissages de 2022-2023 représentaient 108 % de ceux d’une année habituelle en lecture.

Cette conclusion semblait plus favorable que celle de NWEA, qui constatait alors une quasi-stagnation. Une analyse de rapprochement publiée par NWEA montre toutefois que le progrès mesuré par l’Education Recovery Scorecard était largement tiré par deux États, l’Ohio et l’Illinois. Une fois ceux-ci retirés, les deux ensembles d’estimations convergent vers une quasi-stagnation de la lecture dans les 24 autres États de l’échantillon.

Cette divergence est importante : une moyenne nationale peut être déplacée par quelques trajectoires atypiques. Elle invite aussi à la prudence lorsque les résultats de l’Ohio sont présentés comme la conséquence immédiate d’une politique récente.

En Ohio, des indicateurs qui ne racontent pas tous la même histoire

La réforme de l’Ohio ne se réduit pas à l’enseignement de la phonétique ou du décodage. Elle comporte quatre piliers : l’utilisation obligatoire de curriculums de lecture jugés de haute qualité, la formation des enseignants aux principes de la « science of reading », le déploiement de coachs dans les écoles peu performantes et l’alignement des formations initiales.

Ce dernier volet comprend un audit des programmes de formation des enseignants. Des corrections peuvent être exigées et un retrait d’agrément est prévu en cas de non-conformité persistante. Il s’agit donc d’une intervention systémique, dont les différentes composantes ne peuvent pas être évaluées à partir d’un seul taux de réussite en grade 3.

Les évaluations nationales NAEP montrent une situation dégradée. En grade 4, le score moyen de lecture de l’Ohio est passé de 222 en 2019 à 219 en 2022, puis à 216 en 2024. L’État se situait au-dessus de la moyenne nationale en 2019 — 222 contre 219 — comme en 2022 — 219 contre 216. En grade 8, son score est passé de 267 en 2019 à 262 en 2022, tout en restant supérieur aux moyennes nationales correspondantes de 262 et 259.

Le département de l’éducation de l’Ohio qualifie les résultats NAEP de 2024 de « stables » par rapport à 2022, ce qui renvoie à l’absence de différence statistiquement significative, malgré la baisse numérique observée en grade 4. Il relève parallèlement une tendance à la diminution des taux de maîtrise depuis 2017.

Les évaluations d’État donnent une image différente. Au printemps 2024, un peu moins de 40 % des élèves des grades 3 à 8 n’atteignaient pas le seuil de maîtrise en anglais et lecture, soit un peu plus de 60 % d’élèves considérés comme maîtrisant les attendus. En grade 3, 35,5 % n’étaient pas « proficient » : le taux de maîtrise se situait donc autour de 64,5 %, en hausse de 12,6 % par rapport à 2020-2021.

Mais un article local fondé sur les bulletins d’État les plus récents fait état de 61,3 % d’élèves de grade 3 lisant au niveau attendu ou au-dessus, contre 64,5 % en 2023-2024. Selon l’année, l’évaluation et le seuil retenus, on peut donc observer une amélioration depuis le creux pandémique ou une baisse récente.

Ne pas confondre promotion, maîtrise et compréhension

L’Ohio applique depuis 2012 la « Third Grade Reading Guarantee », qui conditionne le passage en grade 4 à un score minimal en lecture. En 2023-2024, ce seuil de promotion était fixé à 690 sur l’échelle ELA. Il restait inférieur au seuil définissant la maîtrise.

Cette distinction évite une confusion fréquente. En 2018-2019, environ 95 % des élèves de grade 3 atteignaient le minimum nécessaire à la promotion, mais ce taux ne signifie pas que 95 % maîtrisaient pleinement la lecture ou la compréhension. MAP Growth, le NAEP, les évaluations d’État et le seuil administratif de passage ne mesurent ni exactement les mêmes compétences ni le même niveau d’exigence.

Ce que l’on peut conclure — et ce qui reste inconnu

Le redressement national mesuré entre 2025 et 2026 est encourageant, mais il correspond encore à un rattrapage partiel. L’Ohio, de son côté, présente une trajectoire singulière dans certaines analyses dès 2022-2023, tandis que ses résultats récents varient selon les instruments.

Aucune publication recensée ne compare rigoureusement l’avant et l’après-réforme en Ohio avec un groupe témoin crédible, tout en contrôlant l’absentéisme, les changements de cohortes et les autres politiques de soutien. Il est donc prématuré d’affirmer que la loi a produit les progrès observés, comme de conclure qu’elle a échoué.

Pour juger cette politique, il faudra suivre plusieurs cohortes, séparer les résultats de décodage de ceux de compréhension et publier des analyses détaillées pour les élèves les plus fragiles. À ce stade, les données établissent un début de rattrapage américain et des résultats contrastés en Ohio — pas encore l’effet propre de la « science of reading ».

Sources citées

Corpus de veille

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