Allemagne : ce que recouvre vraiment le surplus de 23,1 milliards attribué aux étudiants internationaux
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Allemagne : ce que recouvre vraiment le surplus de 23,1 milliards attribué aux étudiants internationaux

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Une projection, pas une recette déjà constatée

Une cohorte d’étudiants internationaux ayant commencé un cursus diplômant en Allemagne en 2023 procurerait, à long terme, un surplus net de 23,1 milliards d’euros aux finances publiques. Ce résultat provient d’une expertise de l’Institut der deutschen Wirtschaft (IW Köln), commanditée par le Service allemand d’échanges universitaires (DAAD).

Le conditionnel est essentiel. Les 23,1 milliards ne correspondent ni à des recettes encaissées en 2023, ni à l’effet économique annuel de l’ensemble des étudiants étrangers présents en Allemagne. Il s’agit d’une projection cumulée sur la vie active d’environ 82 000 étudiants internationaux ayant commencé cette année-là une formation avec l’intention d’obtenir un diplôme.

Selon l’étude, cette cohorte produirait environ 127 milliards d’euros de valeur ajoutée sur l’ensemble de sa vie active. Ce montant économique ne doit pas être confondu avec le surplus de 23,1 milliards, qui concerne les administrations publiques : État fédéral, Länder, communes et systèmes de sécurité sociale.

Le maintien en Allemagne, hypothèse décisive

Le modèle repose d’abord sur la proportion d’étudiants qui resteront dans le pays, obtiendront un diplôme puis travailleront suffisamment longtemps pour verser des impôts et des cotisations. Les documents de l’IW et du DAAD avancent trois taux agrégés :

  • environ 59 % des étudiants internationaux resteraient en Allemagne jusqu’à neuf ans après leur arrivée ;
  • près des trois quarts de cette fraction obtiendraient un diplôme ;
  • environ 45 % d’une cohorte d’entrée seraient disponibles comme main-d’œuvre qualifiée après leurs études ;
  • 34 % des étudiants ayant commencé un diplôme seraient supposés rester comme travailleurs qualifiés jusqu’à la retraite.
  • Ces propositions n’ont pas toutes le même statut. Le taux de 34 % est une hypothèse de projection à très long terme, et non l’observation d’une cohorte déjà suivie jusqu’à la retraite.

    L’étude s’appuie néanmoins sur un point d’ancrage empirique : selon une analyse de l’OCDE citée par l’IW, 45 % des personnes entrées en Allemagne en 2010 avec un visa étudiant étaient encore présentes dix ans plus tard. Cette observation renseigne sur une cohorte antérieure, mais elle ne démontre pas que les étudiants entrés en 2023 suivront la même trajectoire jusqu’à la fin de leur carrière.

    Ce qui entre dans le calcul fiscal

    Le modèle oppose les dépenses publiques engagées pendant les études aux recettes attendues après l’entrée dans l’emploi. Les coûts comprennent notamment le financement des places d’études et certaines prestations sociales. Les recettes incluent l’impôt sur le revenu, les cotisations sociales et des effets fiscaux liés à la consommation.

    Un tableau du rapport estime le coût des places d’études à environ 11 millions d’euros pour 1 000 étudiants internationaux. Pour ce même effectif, il fait apparaître un surplus fiscal d’environ 2,9 millions d’euros hors cotisations patronales de sécurité sociale. Ce résultat intermédiaire illustre l’architecture du modèle, mais ne doit pas être extrapolé isolément sans reprendre l’ensemble des hypothèses utilisées pour la cohorte nationale.

    Une limite importante demeure dans le dossier accessible : les extraits disponibles ne permettent pas d’identifier clairement le taux d’actualisation éventuellement appliqué. Or les recettes et dépenses réparties sur plusieurs décennies n’ont pas la même valeur selon qu’elles sont simplement additionnées ou ramenées à une valeur présente. Faute d’information établie sur ce paramètre, il est impossible d’évaluer complètement la comparabilité du montant annoncé avec d’autres projections de long terme.

    Des résultats très sensibles aux scénarios

    Le rapport consacré à une cohorte précédente rend cette dépendance particulièrement visible. Pour environ 79 000 étudiants internationaux ayant commencé en 2022, le DAAD présentait trois scénarios de maintien :

  • 7,36 milliards d’euros de surplus à long terme dans le scénario faible ;

  • 15,45 milliards dans le scénario moyen ;

  • 26 milliards dans le scénario élevé.

L’écart entre les deux extrêmes dépasse un facteur trois. Cette fourchette ne constitue pas un intervalle statistique autour des 23,1 milliards annoncés pour la cohorte 2023 : les cohortes et les calculs présentés ne sont pas identiques. Elle montre néanmoins que le résultat dépend fortement des hypothèses de rétention retenues.

Les résumés disponibles ne ventilent par ailleurs pas ces taux selon le niveau d’études, l’origine géographique, la discipline ou le type de titre de séjour. Ils ne permettent donc pas de savoir quelles catégories d’étudiants contribuent le plus aux taux moyens, ni d’évaluer la dispersion des trajectoires professionnelles derrière le résultat agrégé. La présence éventuelle de telles analyses dans les annexes devrait être vérifiée avant d’en tirer des conclusions ciblées par filière ou par public.

Une expertise commanditée, non une publication évaluée par les pairs

Le document est un Gutachten, c’est-à-dire un rapport d’expertise économique réalisé par l’IW pour le DAAD. Des versions courte et longue ont été publiées, et la presse universitaire allemande le présente bien comme une expertise.

Il ne s’agit pas d’un article scientifique évalué par les pairs ni d’une validation externe indépendante. Ce statut ne rend pas les calculs invalides, mais impose d’examiner leur méthode, leurs paramètres et leurs scénarios plutôt que de traiter le résultat comme une mesure incontestable. Le chiffre de 23,1 milliards doit ainsi être présenté comme le produit d’un modèle institutionnel commandité, et non comme un fait budgétaire déjà observé.

Des comparaisons internationales à manier avec prudence

D’autres pays produisent des estimations comparables, mais leurs périmètres diffèrent.

Au Royaume-Uni, London Economics et le Higher Education Policy Institute ont estimé le bénéfice économique net de la cohorte internationale 2018-2019 à 25,9 milliards de livres. Pour 2021-2022, le calcul atteint 41,9 milliards de bénéfice brut, diminués de 4,4 milliards de coûts pour les services publics, soit 37,4 milliards de bénéfice net. L’estimation pour 2024-2025 approche 40,4 milliards de livres, ou environ 100 000 livres par étudiant. Ces modèles incluent notamment les frais de scolarité et les dépenses de consommation : leur notion de bénéfice économique net n’est donc pas identique au surplus fiscal allemand calculé sur une vie active.

Aux Pays-Bas, un mémorandum du Centraal Planbureau estimait en 2012 un surplus net de 739 millions d’euros pour les finances publiques, avec 98 millions de coûts pendant les études et 837 millions de recettes ultérieures. Une analyse plus récente de Nuffic évalue à environ 1,5 milliard d’euros l’apport au trésor néerlandais de la cohorte internationale diplômante de 2021-2022, en intégrant notamment maintien, salaires, impôts et cotisations.

Au Canada, une étude commandée par le gouvernement fédéral chiffre à 9,4 milliards de dollars canadiens les recettes fiscales annuelles associées aux dépenses des étudiants internationaux. Cette approche porte principalement sur l’activité économique et la fiscalité engendrées par leurs dépenses, non sur leur carrière complète après les études.

Ces montants ne forment donc pas un classement international directement exploitable. Avant toute comparaison, il faut distinguer l’impact annuel de la consommation, le bénéfice économique global et le solde fiscal cumulé après le diplôme.

Un cas pratique d’éducation aux données

Pour les équipes éducatives, cette étude offre surtout un exercice concret de lecture critique. Vous pouvez demander aux étudiants de classer séparément les observations — comme le maintien à dix ans de la cohorte entrée en 2010 —, les hypothèses — comme le taux de présence jusqu’à la retraite — et les résultats du modèle, dont le surplus de 23,1 milliards.

La comparaison des scénarios 2022 permet ensuite de mesurer combien une hypothèse de maintien modifie le résultat final. Enfin, la confrontation avec les études britannique, néerlandaise et canadienne montre que des montants présentés sous une même étiquette d’« impact » peuvent recouvrir des objets très différents.

Le principal enseignement n’est donc pas que chaque étudiant international « rapporte » une somme déterminée. Il est qu’un bénéfice fiscal de long terme dépend d’une chaîne de conditions : obtention du diplôme, maintien dans le pays, accès à l’emploi, niveau de rémunération et durée de cotisation. Les 23,1 milliards constituent une estimation conditionnelle de cette chaîne, pas sa réalisation garantie.

Sources citées

Corpus de veille

Fils consultés pour choisir l'angle. Ils documentent la matière première, pas des citations du texte.

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