Les étudiants à temps plein travaillent-ils davantage qu’il y a dix ans au Royaume-Uni ? Deux familles d’enquêtes donnent des réponses différentes. Les enquêtes consacrées aux étudiants enregistrent une progression du travail rémunéré et de sa place dans leurs revenus. Selon l’analyse des données générales sur l’emploi publiée par Wonkhe, le taux d’emploi des étudiants à temps plein serait, lui, globalement stable ou en légère baisse depuis le milieu des années 2010.
Il serait prématuré de choisir un chiffre et d’écarter l’autre. Ces enquêtes ne portent ni sur les mêmes périodes ni sur exactement les mêmes populations. Comprendre cet écart est indispensable avant d’en tirer des conclusions pour la pédagogie.
Une hausse dans l’enquête sur les revenus étudiants
La Student Income and Expenditure Survey (SIES), publiée par le ministère britannique de l’Éducation, interroge les étudiants sur leurs ressources et leurs dépenses. Parmi les étudiants à temps plein, 52 % déclaraient un emploi rémunéré en parallèle de leurs études en 2014-2015, contre 58 % en 2021-2022. La mesure concerne l’année académique, hors vacances d’été : ce n’est pas un taux d’emploi établi pour une semaine donnée.
La place du travail dans le budget étudiant augmente également. Hors prêts destinés aux frais de scolarité, les revenus professionnels représentaient 17 % du revenu moyen total des étudiants à temps plein en 2014-2015, puis 24 % en 2021-2022. Ils constituaient alors leur deuxième source de revenu après les prêts de subsistance.
Pour les seuls étudiants qui travaillent, le revenu médian tiré de l’emploi est passé de 2 824 £ à 3 600 £. Le premier montant a été ajusté dans le rapport, qui évalue la progression à 27 % en termes réels. Ces chiffres décrivent les gains des personnes en emploi : ils ne signifient pas que tous les étudiants perçoivent davantage de revenus professionnels.
Le rapport signale aussi une augmentation des heures travaillées, particulièrement pendant les vacances. Les extraits disponibles ne permettent toutefois pas d’en préciser l’ampleur horaire. La hausse de la part des étudiants ayant travaillé au cours de l’année académique ne suffit pas, à elle seule, à établir combien d’heures supplémentaires ont été effectuées pendant les cours.
La semaine de référence ne raconte pas toute l’année
La Labour Force Survey (LFS) et l’Annual Population Survey (APS) sont des enquêtes officielles sur le marché du travail couvrant la population résidente, et non des enquêtes conçues spécifiquement pour décrire la vie étudiante. Les étudiants à temps plein y sont inclus. Dans la mesure de l’emploi présentée dans le dossier, le critère déterminant est d’avoir effectué au moins une heure de travail rémunéré pendant la semaine de référence.
Cette fenêtre courte rend plus difficile la lecture d’une activité intermittente. Un étudiant qui travaille à certaines périodes mais n’a effectué aucune heure pendant la semaine considérée ne sera pas saisi de la même façon qu’un étudiant ayant travaillé cette semaine-là. À l’inverse, une seule heure suffit à compter une activité rémunérée. Le taux obtenu ne dit donc presque rien, à lui seul, de l’intensité du travail ni de son articulation avec les cours.
Selon l’exploitation des données LFS et APS rapportée par Wonkhe, le taux d’emploi des étudiants à temps plein serait globalement stable, voire légèrement en baisse, depuis le milieu des années 2010. Les taux annuels exacts et les tableaux officiels correspondants ne figurent pas dans le dossier consulté : cette évolution doit être attribuée à cette analyse secondaire, plutôt que présentée comme une série chiffrée que nous aurions directement vérifiée.
La différence de période d’observation aide ainsi à comprendre pourquoi les résultats peuvent diverger. Elle ne démontre pas, à elle seule, que l’écart provient d’une multiplication des contrats sans horaires garantis ou d’une précarisation croissante : le dossier ne fournit pas de série permettant d’établir ces évolutions.
Pendant les cours, combien d’heures ?
La Student Academic Experience Survey (SAES), menée par le Higher Education Policy Institute et Advance HE auprès d’étudiants de premier cycle, apporte un autre éclairage. Son édition 2024 indique que 56 % des répondants exerçaient un emploi rémunéré pendant la période de cours, contre 55 % en 2023. Cette variation d’un point ne doit pas être transformée en preuve, à elle seule, d’une forte hausse annuelle.
L’évolution des heures déclarées est plus instructive. Parmi les étudiants ayant un emploi, la moyenne passe de 13,5 heures de travail rémunéré par semaine en 2023 à 14,5 heures en 2024. Si l’on inclut ceux qui ne travaillent pas, elle est de 8,2 heures par semaine en 2024. Ces deux moyennes répondent à des questions distinctes : la première décrit la charge des étudiants en emploi, la seconde la rapporte à l’ensemble des répondants.
La SAES estime par ailleurs à 42 heures hebdomadaires en 2024, contre 35 heures en 2021, le temps moyen consacré aux études et au travail rémunéré. Selon la présentation de ces résultats, certains groupes — notamment des étudiants plus âgés, des étudiants ayant des responsabilités de soins ou effectuant des trajets domicile-université — dépassent 50 heures pour ces deux activités cumulées. Il ne s’agit pas de 50 heures d’emploi rémunéré.
La SAES est une enquête spécialisée publiée par un organisme de recherche sur l’enseignement supérieur, non une statistique officielle sur l’emploi. Ses résultats méritent d’être examinés pour ce qu’ils mesurent, sans les substituer aux chiffres de la SIES ou de la LFS. En particulier, le 56 % de 2024 concerne des étudiants de premier cycle pendant les cours, tandis que le 58 % de 2021-2022 de la SIES concerne les étudiants à temps plein sur une période académique plus large. Leur proximité numérique ne les rend pas interchangeables.
Ce que l’APS permet — et ne permet pas — de conclure
Un article universitaire évalué par les pairs, signé par Zhong et ses collègues, mobilise plusieurs vagues de l’APS, dont celles de 2005, 2010, 2015, 2019 et 2022. Dans un ensemble regroupant les observations de 2021 à 2023, les auteurs recensent environ 340 000 observations, parmi lesquelles 11 094 étudiants à temps plein, dont 3 056 déclarent un emploi rémunéré.
Ces effectifs donnent une idée du matériau étudié, mais ne constituent pas, sans pondération ni examen de la méthode, un taux d’emploi national directement comparable aux pourcentages de la SIES ou de la SAES. Les extraits du dossier ne fournissent pas non plus les tendances chiffrées détaillées de l’article. Son intérêt ici est de rappeler que la répartition des emplois étudiants mérite une analyse propre : un chiffre moyen peut masquer des situations différentes selon les groupes. Il ne permet pas de quantifier, sur la seule base des éléments disponibles, ces écarts ni leurs causes.
Des conséquences pédagogiques à examiner, pas à présumer
Une semaine combinant études et emploi rémunéré peut réduire le temps disponible pour les lectures, les déplacements, la préparation d’un projet ou le repos. Les moyennes de la SAES rendent cette question concrète, surtout pour les groupes dont la charge cumulée dépasse 50 heures. Elles ne prouvent toutefois pas que la hausse du travail rémunéré cause, à elle seule, des absences, une baisse des résultats ou un décrochage : les enquêtes citées ici ne mesurent pas un tel effet causal.
Pour une équipe pédagogique, la première précaution consiste donc à ne pas confondre participation et intensité. Savoir qu’un étudiant occupe un emploi ne renseigne ni sur le nombre d’heures travaillées, ni sur la régularité de ses horaires, ni sur leur chevauchement avec les enseignements. Examiner ces dimensions, plutôt que présumer un manque de motivation à partir d’une absence, peut aider à formuler les bonnes questions. Le dossier ne permet cependant pas d’évaluer l’efficacité d’aménagements pédagogiques particuliers.
La même prudence s’impose dans une comparaison internationale. Avant de rapprocher un taux britannique d’un chiffre recueilli dans un autre pays, vérifiez si chacun mesure une semaine de référence, une période de cours ou une année académique, et s’il porte sur tous les étudiants ou sur les seuls étudiants à temps plein. La conclusion la mieux étayée est plus précise qu’un simple « les étudiants travaillent davantage » : les enquêtes étudiantes britanniques montrent une progression de la participation ou de l’intensité du travail selon leurs périodes d’observation, alors que la série générale sur l’emploi, telle qu’analysée par Wonkhe, ne montre pas la même hausse du taux d’emploi.




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