Le Canada dans Erasmus+ : des pourparlers, mais aucun accord d’association
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Le Canada dans Erasmus+ : des pourparlers, mais aucun accord d’association

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Des discussions, pas encore une association

Le Canada pourrait-il participer pleinement à Erasmus+ ? En septembre 2026, Euronews et le média spécialisé Educationist ont fait état de discussions initiales entre Ottawa et l’Union européenne sur ce programme, ainsi que, possiblement, sur Horizon Europe. La perspective est importante pour les établissements d’enseignement, mais les mots comptent : des pourparlers ne constituent ni un accord ni l’ouverture d’un droit nouveau pour les étudiants et les personnels.

Les sources disponibles au 25 septembre 2026 ne permettent d’identifier aucune décision du Conseil de l’Union européenne donnant à la Commission un mandat formel pour négocier un accord Erasmus+ avec le Canada. Elles ne fournissent pas non plus de calendrier officiel de conclusion ou d’entrée en vigueur. L’absence d’un mandat repéré dans les documents consultés ne prouve pas qu’aucune démarche juridique n’existe ; elle interdit, en revanche, de présenter l’association canadienne comme décidée ou datée.

Certaines sources évoquent un éventuel statut d’association inédit. Cette formule décrit une possibilité politique, non une catégorie déjà attribuée au Canada. Pour apprécier ce qui pourrait changer, il faut d’abord regarder ce que le programme autorise aujourd’hui.

Ce que permet le statut actuel du Canada

Le Guide Erasmus+ distingue les États membres de l’Union, les pays tiers associés au programme et les pays tiers non associés. D’après son glossaire, les pays tiers associés ont conclu avec l’Union un accord fondé sur l’article 19 du règlement Erasmus+. Ils disposent d’une agence nationale et participent pleinement au programme. Les pays tiers non associés n’ont pas conclu un tel accord, mais peuvent prendre part à certains volets internationaux.

Le Canada est actuellement un pays tiers non associé, également qualifié de pays partenaire. Des établissements canadiens participent donc déjà à des échanges et à des partenariats admissibles ; le pays n’a toutefois ni la participation pleine ni l’agence nationale Erasmus+ attachées au statut de pays associé. Dire qu’il pourrait « rejoindre Erasmus+ » sans autre précision masquerait ces activités existantes et laisserait croire, à tort, que tous les volets du programme lui sont déjà ouverts.

Une éventuelle association changerait le cadre de cette participation. Mais les sources consultées ne précisent ni les actions qui seraient ouvertes au Canada, ni les modalités financières, ni l’organisation administrative qui serait retenue. Il serait prématuré d’annoncer une contribution canadienne, de désigner l’organisme qui gérerait le programme ou de promettre un accès à des publics déterminés, notamment dans l’enseignement scolaire ou la formation professionnelle. Ce sont des questions à examiner, pas des dispositions acquises.

La proposition de règlement Erasmus+ pour 2028-2034 constitue un autre élément à suivre. Elle concerne le programme qui pourrait succéder au cadre actuel, mais demeure une proposition, et non le texte définitif d’un accord avec le Canada. Les documents disponibles ne permettent pas de déterminer à quelle date un éventuel accord canadien serait conclu ni quel cadre juridique s’y appliquerait. Il faut donc distinguer trois étapes : les discussions rapportées dans la presse, l’adoption des règles européennes applicables et, le cas échéant, un accord de participation propre au Canada.

Des échanges mesurés, mais pas toute la mobilité

La coopération Erasmus+ avec le Canada ne part pas de zéro. Selon une fiche statistique de la Commission européenne consacrée à l’enseignement supérieur canadien, 1 767 étudiants et personnels sont partis du Canada vers l’Europe dans le cadre du programme entre 2014 et 2019. Dans l’autre sens, 1 590 étudiants et personnels ont effectué une mobilité de l’Europe vers le Canada. Ces deux flux représentent 3 357 mobilités déclarées sur la période couverte par cette fiche.

Une autre fiche de la Commission, portant cette fois sur les échanges entre l’Europe et l’ensemble Canada–États-Unis, dénombre 2 014 projets de mobilité et 8 871 personnes en mobilité entre 2015 et 2020. Le budget consacré à la mobilité internationale vers et depuis ces deux pays représentait « presque 5 % » du budget de mobilité internationale Erasmus+. Ces chiffres nord-américains ne doivent pas être attribués au seul Canada.

Les deux fiches n’ont pas non plus la même période d’observation : 2014-2019 pour les flux propres au Canada, 2015-2020 pour l’ensemble nord-américain. Il serait trompeur de diviser les 3 357 mobilités canadiennes par les 8 871 mobilités nord-américaines pour en déduire une part canadienne. Une fiche plus récente, relative à 2021-2027, laisse entrevoir une progression de la participation universitaire canadienne et des échanges, mais l’extrait disponible ne permet pas d’en établir les volumes annuels. Aucune tendance chiffrée récente ne peut donc être reconstruite de façon sûre à partir de ces éléments.

À titre de contexte, un briefing du Parlement européen indique que 16,7 millions de participants ont bénéficié d’activités de mobilité Erasmus ou Erasmus+ de 1987 à fin 2024, dont près de 1,5 million pour la seule année 2024. La différence d’échelle est frappante, mais ces totaux couvrent d’autres territoires, d’autres périodes et l’ensemble des publics concernés. Ils ne mesurent pas la place que pourrait prendre le Canada après une éventuelle association.

Ce que les chiffres ne disent pas

Les fiches de la Commission sont des documents institutionnels établis à partir des données de gestion des projets financés. Elles recensent les activités Erasmus+ concernées : il ne s’agit pas d’estimations tirées d’un échantillon. Leur solidité pour décrire ces projets ne doit pourtant pas être confondue avec une évaluation indépendante de leurs effets. Ces données ne démontrent ni une amélioration des apprentissages ni un bénéfice économique causé par la mobilité.

Elles ne recensent pas non plus l’ensemble des déplacements entre le Canada et l’Europe. Les échanges financés par des accords bilatéraux hors Erasmus+, les séjours libres ou les diplômes complets suivis à l’étranger peuvent échapper à ces statistiques. Les documents consultés ne chiffrent pas les mobilités financées par ces accords bilatéraux. Une difficulté supplémentaire attend les lecteurs qui souhaiteraient vérifier les flux dans l’outil public de visualisation Erasmus+ : celui-ci précise que ses chiffres excluent la mobilité internationale avec les pays partenaires, catégorie à laquelle appartient actuellement le Canada. Son absence dans cet outil ne signifierait donc pas une absence d’échanges.

Le contexte canadien ne fournit pas de raccourci pour combler ce manque. Une analyse de la mobilité étudiante internationale indique que le nombre d’étudiants internationaux inscrits en diplôme au Canada est passé d’environ 122 000 en 2013 à 307 000 en 2022, soit une hausse de 152 %. Cette analyse repose sur des données administratives d’inscription, et non sur un sondage. Elle décrit cependant l’accueil d’étudiants internationaux en diplôme au Canada : elle ne mesure ni les échanges Erasmus+ avec l’Europe ni les départs de Canadiens vers l’étranger. Elle ne permet pas davantage d’attribuer cette croissance au programme européen.

Ce que les établissements peuvent faire dès maintenant

Pour un établissement qui souhaite développer ses liens avec le Canada, le premier réflexe est de vérifier les actions Erasmus+ accessibles aux pays tiers non associés et les conditions propres à chaque projet. Une association future n’est pas nécessaire pour envisager les mobilités et partenariats déjà admissibles. À l’inverse, il serait imprudent de bâtir un budget ou de promettre des places supplémentaires sur la foi des discussions actuelles.

Les équipes peuvent préparer leurs coopérations en distinguant clairement les possibilités existantes, les propositions relatives au prochain programme et les effets hypothétiques d’un accord canadien. Pour suivre le dossier, les jalons décisifs seront des textes officiels précisant le cadre de négociation et, s’il aboutit, les conditions de participation. D’ici là, le fait vérifié est double : le Canada prend déjà part à certains échanges Erasmus+, tandis que sa participation pleine reste à négocier et à établir juridiquement.

Sources citées

Corpus de veille

Fils consultés pour choisir l'angle. Ils documentent la matière première, pas des citations du texte.

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