Une enquête d’une ampleur inédite
Le cycle PISA 2025 a évalué environ 760 000 élèves de 15 ans dans 91 pays et économies. Cet échantillon représente près de 33 millions de jeunes scolarisés, ce qui en fait le cycle PISA le plus vaste réalisé à ce jour.
Les trois domaines principaux restent la compréhension de l’écrit, la culture mathématique et la culture scientifique. Les tests sont complétés par des questionnaires contextuels destinés notamment aux élèves, aux établissements et aux parents. Pour la première fois, ces questionnaires comportent des items sur l’usage des outils d’intelligence artificielle générative, en particulier les agents conversationnels.
PISA repose sur des échantillons probabilistes d’élèves scolarisés, stratifiés notamment selon le type d’établissement et la région. Les scores ne sont pas des notes individuelles directement observées : ils sont estimés à l’aide de modèles de réponse aux items et de plusieurs « valeurs plausibles » attribuées à chaque élève. Les écarts entre cycles doivent donc être interprétés avec leurs erreurs standards et leurs intervalles de confiance.
Cette précaution est particulièrement importante ici : les tableaux détaillés de l’OCDE permettant de vérifier la significativité de chaque évolution n’ont pas été consultés dans le cadre de cette analyse. Les chiffres disponibles décrivent des tendances moyennes, mais ne permettent pas de conclure avec la même assurance pour chaque pays.
Une baisse moyenne particulièrement forte en lecture
D’après les synthèses disponibles du Volume I, le score moyen en compréhension de l’écrit dans les pays de l’OCDE serait passé de 489 points en 2015 à 461 en 2025, soit une baisse de 28 points. Il s’agit du recul le plus important des trois domaines.
Sur la même période, le score moyen en mathématiques serait passé de 485 à 463 points, soit −22 points. En sciences, la baisse serait plus limitée : de 489 à 482 points, soit −7 points.
La comparaison avec le seul cycle précédent va dans le même sens. Entre 2022 et 2025, les moyennes de l’OCDE auraient diminué de 14 points en lecture, de 9 points en mathématiques et de 3 points en sciences. Ces ordres de grandeur suggèrent que la baisse ne se réduit pas à un seul domaine, même si la lecture demeure le signal le plus préoccupant.
Un autre indicateur complète les scores moyens. La proportion d’élèves situés sous le niveau 2, considéré par PISA comme le niveau minimal de compétence, dans au moins un des trois domaines serait passée d’environ 16 % en 2022 à 20 % en 2025 dans les pays de l’OCDE. Cela signifie qu’environ un élève sur cinq n’atteindrait pas ce seuil dans au moins un domaine — et non nécessairement dans les trois.
Ces chiffres ne suffisent toutefois pas à établir que la baisse est statistiquement significative partout. Ils ne démontrent pas davantage l’existence d’un « déclin mondial » uniforme : une moyenne OCDE peut masquer des trajectoires nationales divergentes.
Les comparaisons nationales restent à consolider
Les données nationales accessibles sont inégales. Pour le Canada, le rapport public du Conseil des ministres de l’Éducation indique qu’il n’existe pas de différence statistiquement significative entre les résultats de PISA 2022 et ceux de PISA 2025. Les variations observées se situent donc dans les marges d’incertitude de l’enquête. L’extrait consulté ne permet cependant pas de vérifier les scores exacts, les résultats de 2018 ni la proportion d’élèves sous le niveau 2.
Un rapport national détaillé a également été publié pour l’Angleterre, mais l’extrait disponible ne fournit ni les scores ni les écarts chiffrés avec 2018 et 2022. Il ne permet donc pas de confirmer directement l’affirmation, relayée dans la presse, selon laquelle l’Angleterre aurait échappé au recul en lecture.
Pour la France, la Belgique, la Suisse et le Québec, les scores de 2025, les pourcentages d’élèves sous le niveau minimal et les comparaisons complètes entre 2018, 2022 et 2025 n’ont pas été vérifiés dans les tableaux officiels. Les classements ou résultats nationaux avancés par des articles de presse ne doivent donc pas être repris comme établis à ce stade.
Cette absence de vérification interdit notamment de transformer une tendance moyenne de l’OCDE en diagnostic précis sur chacun de ces systèmes éducatifs.
IA et résultats : un écart de 28 points en sciences
La principale nouveauté de PISA 2025 concerne les usages scolaires de l’IA générative. L’analyse disponible prend surtout les performances en sciences comme référence.
Les élèves déclarant ne jamais ou presque jamais utiliser l’IA pour rédiger des textes — par exemple des brouillons ou des devoirs — obtiennent en moyenne 509 points en sciences, contre 481 points pour ceux qui disent l’utiliser tous les jours ou presque. L’écart atteint donc 28 points.
Après ajustement pour le statut socio-économique, l’écart rapporté reste voisin de 28 points. Les synthèses le présentent comme l’équivalent approximatif d’un an et demi de progression scolaire sur l’échelle PISA. Cette conversion doit être comprise comme un ordre de grandeur statistique : elle ne signifie pas que chaque utilisateur quotidien aurait effectivement « perdu » un an et demi d’apprentissage.
Lorsque l’analyse regroupe plusieurs usages précis — rédaction de brouillons, résumés de textes ou recherches préliminaires — l’écart moyen ajusté entre utilisateurs et non-utilisateurs est d’environ 20 points en sciences, soit approximativement une année de progression typique sur l’échelle PISA.
L’ampleur de ces écarts justifie l’attention. Elle ne permet cependant pas de conclure que l’IA provoque de moins bons résultats.
Une association, pas une preuve de causalité
Les données reposent sur les déclarations des élèves et sur une observation réalisée au même moment que les tests. Elles ne proviennent ni d’un essai expérimental ni d’un suivi permettant d’établir l’ordre des causes.
L’ajustement statistique prend explicitement en compte le milieu socio-économique. En revanche, les informations accessibles ne permettent pas de vérifier un contrôle systématique du niveau scolaire antérieur, du temps consacré au travail, de l’intensité des études ou du profil académique des élèves.
Plusieurs explications restent donc compatibles avec les résultats. Un usage quotidien de l’IA peut se substituer à certaines opérations cognitives nécessaires à l’apprentissage. Mais les élèves déjà en difficulté peuvent aussi solliciter plus souvent ces outils précisément parce qu’ils rencontrent des difficultés. Les deux mécanismes peuvent enfin se combiner.
La baisse des scores observée depuis 2015 ne peut, en outre, être attribuée dans son ensemble aux IA génératives, dont l’usage massif est beaucoup plus récent. PISA 2025 documente une corrélation contemporaine ; il ne fournit pas une explication générale de la dégradation antérieure des performances.
L’usage modéré est associé à de meilleurs résultats
La relation observée n’est pas simplement linéaire. Les analyses décrivent une courbe en U inversé : les élèves qui disent utiliser l’IA environ une fois par semaine « pour m’aider à apprendre » obtiennent des scores supérieurs à ceux des non-utilisateurs comme à ceux des utilisateurs quotidiens.
Ce résultat ne prouve pas qu’une fréquence hebdomadaire améliore mécaniquement les apprentissages. Il indique plutôt que la fréquence, la finalité et les conditions d’utilisation doivent être distinguées. Employer un outil pour obtenir directement un texte n’est pas équivalent à s’en servir pour chercher une piste, vérifier une explication ou confronter plusieurs réponses.
Les élèves qui déclarent utiliser souvent l’IA tout en ayant été explicitement formés à évaluer la qualité de ses réponses obtiennent par ailleurs des scores légèrement supérieurs aux autres. Cette possibilité de formation est toutefois davantage rapportée par les élèves socialement favorisés. L’usage critique de l’IA pourrait ainsi devenir une ressource supplémentaire inégalement distribuée.
Ce que PISA permet raisonnablement de retenir
Trois conclusions résistent à la vérification. Premièrement, les moyennes de l’OCDE indiquent une baisse importante en lecture et en mathématiques depuis 2015, plus limitée en sciences. Deuxièmement, l’usage quotidien de l’IA pour certaines tâches écrites est associé à des scores plus faibles en sciences, même après ajustement socio-économique. Troisièmement, cette association ne constitue pas une preuve causale et varie selon la fréquence, le type d’usage et la formation reçue.
Les résultats invitent donc moins à interdire indistinctement l’IA qu’à enseigner comment en contrôler les réponses et comment éviter qu’elle ne remplace l’effort nécessaire à l’apprentissage. Mais PISA ne mesure pas directement l’efficacité d’une telle politique : celle-ci devrait faire l’objet d’évaluations spécifiques, comparatives et longitudinales.
Enfin, toute décision nationale devrait s’appuyer sur les rapports officiels du pays concerné, avec leurs intervalles de confiance. PISA 2025 fournit des signaux solides à l’échelle agrégée ; il ne dispense ni de vérifier les données nationales ni d’examiner les mécanismes avant de désigner une cause.




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