En Angleterre, le coût complet moyen de l’enseignement d’un étudiant de licence atteignait 12 317 £ par an en 2023-2024, selon des travaux réalisés par KPMG pour le ministère de l’Éducation britannique. Le plafond des frais d’inscription applicable aux étudiants relevant du tarif national était alors de 9 250 £. La différence, 3 067 £, donne la mesure de la pression financière pesant sur les universités. Elle ne constitue toutefois pas, à elle seule, le déficit effectivement enregistré pour chaque étudiant.
Cette distinction est essentielle pour comprendre le résultat. KPMG mesure un coût d’enseignement ; le plafond indique ce qu’un établissement pouvait percevoir en frais d’inscription pour un étudiant concerné. D’autres financements peuvent intervenir. Les deux montants éclairent donc un déséquilibre, sans suffire à reconstituer les comptes d’une formation ou d’une université.
Un coût moyen, pas le prix d’une licence entière
Les 12 317 £ correspondent à une année d’enseignement par étudiant, et non au coût total d’un diplôme de licence. La moyenne agrège toutes les disciplines et tous les types d’établissements étudiés. Elle est dite « complète » : elle ne se limite pas aux dépenses immédiatement associées aux cours, mais tient compte d’autres charges nécessaires à l’activité d’enseignement.
Face aux 9 250 £ de frais plafonnés en 2023-2024, l’écart de 3 067 £ représente environ un quart du coût moyen. Il serait pourtant inexact d’écrire que chaque inscription nationale fait perdre exactement cette somme à son université. Ce calcul ne retranche que les frais d’inscription ; il ne tient pas compte d’éventuels financements complémentaires. Il rapproche également deux moyennes générales, alors que les coûts diffèrent fortement selon les formations.
Un second montant figure dans l’analyse de Wonkhe : 9 790 £ pour le « prix affiché » applicable aux établissements soumis au plafond réglementaire. Il ne faut pas le substituer aux 9 250 £ utilisés pour comparer les frais et les coûts de 2023-2024. Mélanger ces deux montants produirait un écart correspondant à des références différentes. Le chiffre de 3 067 £ repose bien sur la comparaison entre le coût estimé pour 2023-2024 et le plafond indiqué pour cette même année.
Les écarts entre disciplines changent la lecture du problème
La moyenne générale masque des coûts bien plus élevés dans certains domaines. KPMG estime à 19 986 £ par étudiant et par an le coût complet moyen de l’enseignement en médecine, odontologie et sciences vétérinaires. Pour les sciences physiques, il atteint 16 466 £. Ces montants dépassent respectivement la moyenne générale de 7 669 £ et de 4 149 £.
Une autre comparaison rend l’ampleur des écarts plus concrète. Si l’on oppose ces seuls coûts au plafond de 9 250 £ en vigueur en 2023-2024, la différence arithmétique atteint 10 736 £ pour le premier groupe de disciplines et 7 216 £ pour les sciences physiques. Ce ne sont pas des déficits nets constatés dans ces filières : les montants ne disent rien, à eux seuls, des autres ressources qui peuvent contribuer à leur financement. Ils montrent pourquoi un tarif de frais d’inscription encadré ne peut pas, pris isolément, refléter les coûts très différents des formations.
Ces chiffres invitent aussi à se méfier d’un raisonnement établissement par établissement. Une université ne présente pas nécessairement la même répartition de disciplines qu’une autre. Ni la moyenne nationale ni les chiffres par grand domaine ne permettent donc de calculer sa situation financière à partir du seul nombre d’étudiants inscrits. Ils décrivent une contrainte générale et des différences de coûts, non le résultat comptable de chaque cursus.
Comment les universités absorbent-elles l’écart ?
Le dossier de recherche décrit deux réponses : des économies internes et, surtout, le recours aux excédents tirés des étudiants internationaux. Ces derniers constituent ainsi une ressource importante dans un modèle devenu fortement dépendant de leurs recettes. Le constat est cohérent avec la question de la soutenabilité financière du secteur examinée par le comité des comptes publics de la Chambre des communes et avec l’analyse des liens entre enseignement supérieur, immigration et finances universitaires publiée par le Tony Blair Institute.
Il faut néanmoins éviter de transformer ce mécanisme général en comptabilité fictive. Les éléments disponibles ne permettent pas d’affirmer qu’un étudiant international finance, à lui seul, un nombre déterminé d’étudiants nationaux. Ils ne donnent pas non plus, établissement par établissement, la part exacte des économies ou des recettes internationales mobilisée pour couvrir les coûts d’enseignement. Le diagnostic solide est celui d’une dépendance au financement croisé, non celui d’une compensation identique partout.
Cette dépendance expose les établissements à une difficulté de pilotage : lorsque des dépenses régulières reposent sur une recette dont le niveau peut varier, l’équilibre devient plus sensible aux changements de recrutement. C’est un risque déduit du modèle décrit dans le dossier, pas une prévision chiffrée de baisse des inscriptions internationales. Les données examinées ici ne permettent ni d’en prévoir l’ampleur ni d’identifier quelles universités seraient les plus touchées.
Ce que l’étude établit — et ce qu’elle ne démontre pas
Ces résultats proviennent de travaux commandés à KPMG par le ministère de l’Éducation, puis présentés dans les synthèses de Wonkhe et de Times Higher Education. Il s’agit d’une estimation des coûts de l’enseignement supérieur, pas d’une démonstration que le même montant serait indispensable pour garantir une qualité donnée. Les chiffres décrivent des coûts moyens observés selon une méthode d’estimation ; ils ne fixent pas un « juste prix » universel de la licence.
Le terme « coût complet » appelle une précaution supplémentaire. Affecter des charges communes à différentes formations exige des choix de répartition. Selon les conventions retenues, la part attribuée à une discipline peut varier, même si la dépense totale de l’établissement reste inchangée. Il serait donc excessif de lire la différence entre deux grands domaines comme une mesure exacte du surcoût de chaque place supplémentaire ouverte dans l’un plutôt que dans l’autre.
De la même façon, l’existence d’un écart entre coût et frais d’inscription ne prouve pas, à elle seule, une dégradation de l’enseignement. L’article initial évoquait notamment des groupes plus chargés, des recrutements différés et des fermetures de cursus. Le dossier fourni ne documente pas ces évolutions ni ne les relie causalement aux chiffres de KPMG. Elles ne peuvent pas être présentées ici comme des conséquences établies de l’étude.
Une question de financement avant d’être une réponse politique
Le constat peut nourrir plusieurs réponses possibles, mais il n’en valide aucune automatiquement. Augmenter les frais, accroître d’autres financements, réduire des coûts ou modifier la répartition des ressources répondraient à des choix distincts. Les données de KPMG montrent la taille moyenne de l’écart entre coût complet et frais plafonnés pour l’année étudiée ; elles ne comparent ni les effets budgétaires ni les effets pédagogiques de ces options.
C’est la principale leçon de cette estimation : un tarif d’inscription encadré et un coût moyen d’enseignement ne sont pas la même chose. L’écart de 3 067 £ en 2023-2024 est un indicateur utile de la pression exercée sur le financement des licences anglaises. Les montants plus élevés en médecine et en sciences physiques montrent que cette pression n’est pas uniforme. Pour passer du constat à un jugement sur une formation précise, il faudrait encore connaître ses autres recettes, ses dépenses et la manière dont les charges communes lui sont attribuées.




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