Au 3 novembre 2026, aucun tarif universitaire réciproque entre l’Union européenne et le Royaume-Uni n’est établi dans les sources consultées. La presse rapporte une proposition visant à dissocier les négociations sur les frais de scolarité du sommet du 20 novembre. Mais ni ce report ni les conditions financières d’un éventuel rapprochement ne sont définitivement arrêtés.
Un report proposé, pas une décision européenne
Selon POLITICO, la Commission européenne a proposé aux États membres de traiter la question des frais après le sommet et de demander au Royaume-Uni de conclure les négociations dans les six mois. Les Vingt-Sept n’avaient cependant pas trouvé de consensus, notamment sur le maintien d’un lien entre les différents volets du rapprochement.
Reuters rapporte également cette échéance de six mois, à partir d’un projet de déclaration susceptible de changer. Il faut donc distinguer une proposition de calendrier d’un engagement définitif.
Le contenu tarifaire reste lui aussi ouvert. POLITICO décrit une demande initiale de retour aux droits appliqués aux étudiants nationaux. Reuters cite toutefois un diplomate européen selon lequel un « traitement égal » pourrait ne pas signifier l’application exacte du tarif national. Aucune grille bilatérale définitive ne permet de préciser les montants, les bénéficiaires ou les exceptions.
Le Financial Times présente la demande européenne comme un obstacle au feu vert final de Bruxelles. Dans le dossier consulté, cet article n’est toutefois disponible que par son titre et son résumé : il ne permet pas de confirmer davantage les modalités envisagées.
Erasmus+ ne règle pas les frais d’un diplôme complet
Le projet de déclaration consulté par Reuters prévoit aussi l’association du Royaume-Uni à Erasmus+ en 2027 et un dispositif de mobilité jeunesse. Ces éléments relèvent encore d’un texte provisoire, non d’un accord final publié.
L’association à Erasmus+ doit surtout être distinguée d’une réduction générale des droits universitaires. La Charte de l’étudiant Erasmus prévoit l’absence de frais de scolarité, d’inscription et d’examen dans l’établissement d’accueil pendant la mobilité. Cette règle concerne l’échange temporaire encadré par le programme, pas automatiquement un diplôme complet suivi à l’étranger.
L’évaluation institutionnelle de la Commission européenne comptabilise plus de 6,2 millions de participants à la mobilité d’apprentissage en 2014–2020 et environ 1,6 million en 2021–2023. Elle souligne la persistance d’obstacles financiers, qui se cumulent avec d’autres difficultés. Ces résultats décrivent Erasmus+ : ils ne constituent pas une évaluation indépendante de l’accord tarifaire actuellement négocié.
Les plafonds de participation au dispositif de mobilité jeunesse évoqués dans la presse ne sont pas davantage confirmés par un texte final. Le mémorandum britannique précise que ses paramètres restaient à négocier.
Une baisse des effectifs à lire avec les bons dénominateurs
Depuis 2021–2022, la plupart des nouveaux étudiants de l’UE au Royaume-Uni ne bénéficient plus du statut tarifaire national et paient des droits internationaux, avec des exceptions selon leur situation. Pour ce changement de régime, l’Observatoire des migrations de l’Université d’Oxford rapporte le passage d’un plafond national de 9 250 livres sterling à une fourchette de 11 400 à 32 000 livres par an au premier cycle. Ces montants historiques ne constituent pas une grille pour 2026–2027.
Les statistiques HESA pour 2023–2024 recensent 75 490 étudiants de l’UE inscrits, soit une baisse de 21 % sur un an. Les étudiants domiciliés dans l’UE représentent alors 3 % de l’ensemble des inscriptions.
Il faut distinguer ce total des nouvelles entrées : l’analyse du British Council dénombre 28 375 nouveaux entrants, en recul de 1,8 % sur un an. La contraction de l’ensemble des inscrits et celle des nouveaux entrants ne mesurent donc pas la même évolution.
Une autre série utilisée par l’Observatoire des migrations indique une baisse de 57 % des nouveaux inscrits de l’UE entre 2020–2021 et 2023–2024, pour environ 28 400 nouvelles inscriptions en fin de période. Les périmètres et dénominateurs doivent être vérifiés avant toute comparaison directe.
Ces données administratives décrivent des inscriptions. Leur évolution avant et après le Brexit ne suffit pas à isoler l’effet des frais de celui des visas, de la fin de la libre circulation, de la pandémie ou d’autres changements de recrutement.
Des recettes constatées, pas le coût d’un accord
Selon l’Observatoire des migrations, les universités britanniques auraient reçu environ 940 millions de livres sterling de droits payés par les étudiants de l’UE en 2022–2023, soit 30 % de moins qu’en 2020–2021.
Cet indicateur ne mesure ni le coût d’un retour aux tarifs nationaux ni une éventuelle compensation publique. POLITICO rapporte les craintes d’universités britanniques concernant une perte de revenus si les étudiants européens paient moins. Mais les sources consultées ne fournissent pas de chiffrage officiel audité du coût net d’un accord. Un tel calcul devrait préciser les effectifs concernés, les tarifs, les exemptions et le financement.
La recherche montre des effets différents selon les contextes
Les travaux disponibles ne permettent pas d’affirmer qu’une hausse des frais produit partout la même baisse de mobilité.
- Royaume-Uni après le Brexit. Clifton-Sprigg, Homburg, Huyghe et Vujic comparent les étudiants de l’UE aux étudiants non européens par des méthodes de différence-en-différences. Ils attribuent à l’augmentation des droits une baisse de 48 à 64 %, selon l’indicateur étudié : candidatures, offres, acceptations ou inscriptions. Leurs modèles ne détectent pas d’effet du référendum ni de l’introduction des visas. La source consultée est toutefois un document de travail IZA, non une publication dont l’évaluation par les pairs est établie. Les estimations dépendent notamment de la comparabilité du groupe témoin.
- Angleterre en 2012. L’article de Dias Lopes, Mateos-Gonzalez et Wakeling, évalué par les pairs dans l’European Journal of Education, décrit une chute des inscriptions européennes après la hausse des frais, puis un rétablissement et un dépassement du niveau antérieur. Cette analyse descriptive ne permet pas d’isoler l’effet propre du Brexit.
- Italie. Beine, Delogu et Ragot estiment une élasticité d’environ −0,8 dans le Journal of Economic Geography : une hausse de 1 % des frais correspond, dans leur modèle, à une baisse d’environ 0,8 % de la mobilité internationale. Leur méthode utilise des variables instrumentales pour traiter l’endogénéité potentielle des frais. Le résultat italien ne doit pas être transposé directement au Royaume-Uni.
- Allemagne. Une étude évaluée par les pairs dans l’European Journal of Higher Education examine sept Länder ayant réintroduit des frais. Un seul connaît une baisse statistiquement significative des inscriptions étrangères : le résultat n’est pas uniforme.
- Finlande. Une étude publiée en 2025 dans Research in Higher Education analyse les frais introduits en 2017 pour les étudiants hors UE et EEE. Les candidatures ne diminuent pas, contrairement aux admissions, acceptations et inscriptions. La composition évolue aussi vers des étudiants de pays plus aisés.
L’OCDE constate que les étudiants étrangers paient davantage que les nationaux dans environ deux tiers des pays et économies étudiés, sans qu’un niveau élevé de frais réduise nécessairement les inscriptions dans tous les systèmes.
Des repères francophones, pas un modèle unique
Au Québec, les ententes bilatérales permettent aux étudiants français admissibles de payer les droits québécois aux cycles supérieurs et un tarif préférentiel au premier cycle. Des dispositions comparables concernent certains étudiants francophones de Belgique. L’admissibilité dépend notamment du statut, du programme et des documents fournis : ce régime n’est pas une règle européenne.
En France, Campus France indique pour 2026–2027 des droits annuels de 178 euros en licence, 255 euros en master et 397 euros au doctorat pour les ressortissants de l’UE, de l’EEE et de la Suisse, dans les établissements publics relevant du régime général. Certaines formations et certains établissements appliquent d’autres tarifs.
En Belgique francophone, les étudiants de l’UE relèvent généralement des règles nationales, sous réserve notamment des conditions de financement et des catégories d’établissements. « Tarif local » ne désigne donc pas un montant unique.
En Suisse, swissuniversities indique pour 2026–2027 435 francs suisses par semestre à Genève, pour les étudiants nationaux comme étrangers, contre 2 190 francs pour les étudiants étrangers à l’EPFL et à l’ETH Zurich. Les règles propres aux établissements s’appliquent; un accord UE–Royaume-Uni ne s’y transposerait pas automatiquement.
Enfin, les sources consultées ne documentent pas d’effet spécifique de cette négociation sur l’Afrique francophone. Cette absence de documentation ne permet pas de conclure à une absence de conséquences.
Ce qu’il faut suivre avant le sommet
Trois points restent à établir : l’approbation éventuelle du report, le maintien du délai de six mois et la définition du traitement tarifaire négocié.
Si vous préparez une mobilité, distinguez l’échange Erasmus+ du diplôme complet et ne considérez aucun nouveau tarif comme acquis sur la seule base du projet de déclaration. Pour les établissements, les travaux disponibles invitent à suivre séparément candidatures, offres, acceptations et inscriptions, ainsi que l’origine sociale et géographique des étudiants.




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