Un dispositif régional à deux niveaux
Depuis le printemps 2025, le Department for Education (DfE) déploie progressivement le dispositif RISE, pour Regional Improvement for Standards and Excellence. Présenté par le gouvernement comme un instrument de son « Opportunity Mission » et de son « Plan for Change », il doit contribuer à relever les standards dans l’ensemble des écoles anglaises.
RISE modifie l’architecture de l’appui scolaire en associant deux fonctions jusqu’ici moins explicitement articulées : un service universel, ouvert à toutes les écoles, et des interventions ciblées obligatoires dans certains établissements identifiés à partir des inspections d’Ofsted. Les équipes régionales travaillent en interface avec les Regional Directors du DfE, les autorités locales et les trusts d’académies.
Cette organisation ne constitue pas encore une politique évaluée. RISE est un chantier récent, dont le déploiement a commencé en 2025. Les informations disponibles décrivent surtout ses objectifs, ses critères d’intervention et ses financements ; elles ne permettent pas encore d’en mesurer les effets sur les apprentissages, l’absentéisme ou les inégalités scolaires.
Un service universel structuré par quatre priorités
Le premier niveau s’adresse à l’ensemble des maintained schools et des académies. Il repose sur la diffusion de pratiques présentées comme efficaces, la collaboration entre établissements et la mobilisation de réseaux spécialisés.
Quatre priorités nationales lui sont assignées :
1. l’attainment, avec un accent sur l’anglais et les mathématiques ;
2. l’inclusive mainstream education, c’est-à-dire le renforcement de l’inclusion dans l’enseignement ordinaire ;
3. la qualité de l’année de Reception, qui précède le Year 1, sous l’angle de la préparation à l’école ;
4. l’attendance, autrement dit la lutte contre l’absentéisme.
Ces priorités doivent être déclinées dans des plans régionaux. À Londres, par exemple, les équipes RISE annoncent une collaboration avec les English and maths hubs pour soutenir les écoles où les résultats des élèves défavorisés sont faibles. Il s’agit toutefois d’un programme d’action annoncé par l’administration, non d’un résultat démontré.
Le caractère universel de cette première composante est important : RISE n’est pas uniquement un dispositif de redressement des écoles en difficulté. Il cherche aussi à installer une infrastructure régionale de partage et d’accompagnement pour toutes les écoles, quel que soit leur statut juridique.
Les « stuck schools », cœur du ciblage initial
Le second niveau est plus contraignant. Les établissements concernés ne déposent pas de candidature : lorsqu’ils répondent aux critères, ils sont contactés directement par leur équipe RISE régionale. L’intervention est obligatoire et vise un redressement en 12 à 24 mois.
Pour l’année scolaire 2024-2025, les documents officiels retiennent notamment deux catégories d’établissements. La première comprend les écoles qui devaient faire l’objet d’une intervention structurelle après le 1er janvier 2025, mais pour lesquelles cette mesure a ensuite été révoquée.
La seconde correspond aux « stuck schools », définies par trois conditions cumulatives :
- avoir reçu la mention Requires Improvement, ou un jugement équivalent, lors de la dernière inspection d’Ofsted ;
- avoir déjà été jugées en dessous du niveau Good lors de l’inspection précédente ;
- être restées sous la responsabilité du même organisme, le responsible body.
Le ciblage ne repose donc pas sur un seul résultat ponctuel. Il combine deux jugements d’inspection successifs et la continuité de la structure responsable. Cette définition administrative ne doit cependant pas être confondue avec une mesure purement statistique de la « stagnation » : elle dépend des catégories d’Ofsted et de leur évolution.
RISE ne remplace pas à lui seul les responsabilités existantes. L’équipe régionale accompagne l’établissement, tandis que l’autorité locale ou le trust demeure responsable de l’école. L’efficacité du dispositif dépendra donc aussi de la répartition concrète des décisions, des ressources et des obligations entre ces acteurs.
Des financements identifiés, mais des moyens humains opaques
Le DfE a annoncé un investissement initial de 20 millions de livres pour financer les équipes RISE et leurs activités. Ce montant décrit une enveloppe de départ : il ne constitue ni un budget consolidé pluriannuel ni une estimation du coût total du dispositif.
Pour les interventions ciblées, la documentation officielle prévoit trois bandes de financement destinées aux plans d’amélioration élaborés avec les écoles : jusqu’à 40 000 livres pour la bande 1, 80 000 livres pour la bande 2 et 100 000 livres pour la bande 3. Le plafond officiel documenté est donc de 100 000 livres par école dans ce cadre.
En revanche, les sources disponibles ne précisent pas le nombre de conseillers RISE, leur statut professionnel ni leur répartition entre les régions. Elles parlent de RISE advisers et d’équipes régionales sans fournir d’organigramme détaillé. Il n’est donc pas possible d’établir quelle part de l’accompagnement sera assurée par des personnels du DfE, des responsables issus de trusts, des praticiens détachés ou d’autres profils.
Cette lacune n’est pas secondaire. Une même enveloppe peut correspondre à des formes d’intervention très différentes selon le temps consacré à chaque école, l’expérience des conseillers et leur capacité à mobiliser des partenaires locaux.
Un nombre d’écoles encore impossible à stabiliser
Les chiffres publics ne permettent pas davantage de fixer un périmètre définitif. Une communication gouvernementale indique que les équipes RISE ont d’abord travaillé avec 32 écoles, avant une extension à plus de 200 établissements, représentant plus de 120 000 enfants.
Un article de presse publié en septembre 2025 évoque pour sa part 377 écoles et près de 100 000 élèves supplémentaires soutenus. Ces données peuvent correspondre à des dates, des périmètres ou des méthodes de comptage différents, mais les documents recensés ne permettent pas de réconcilier les deux séries.
Aucun tableau officiel consolidé ne fournit actuellement une ventilation systématique par région et par statut — école maintenue par une autorité locale, académie ou autre catégorie. Les chiffres de 200 et de 377 établissements doivent donc être présentés comme des annonces distinctes, et non comme deux mesures interchangeables d’un même périmètre.
Ce que la recherche permet — et ne permet pas — de conclure
La méta-analyse publiée en 2021 par Schueler, Asher, Larned, Mehrotra et Pollard dans l’American Educational Research Journal synthétise des évaluations de programmes américains de redressement d’écoles à faible performance. Elle met en évidence des effets moyens positifs, mais variables selon les programmes et leur durée.
Cette étude a fait l’objet d’une publication scientifique évaluée par les pairs ; elle ne constitue toutefois pas une évaluation de RISE. Les interventions analysées ont été conduites aux États-Unis, dans des cadres institutionnels différents, et regroupent des combinaisons de mesures qui ne se superposent pas nécessairement au modèle anglais. Elle justifie l’intérêt d’un accompagnement soutenu, mais ne prouve ni la pertinence du ciblage par Ofsted ni l’efficacité d’un horizon uniforme de 12 à 24 mois.
Les travaux méta-analytiques consacrés au leadership pédagogique documentent, de leur côté, une relation entre les pratiques de direction et les résultats des élèves. Ces associations agrégées ne démontrent pas qu’une intervention régionale produira mécaniquement une amélioration : les ressources, la stabilité des équipes et les conditions locales peuvent modifier les effets observés.
Enfin, les cadres de mise en œuvre proposés par l’OCDE aident à analyser la cohérence d’une réforme et les conditions de son application. Ils ne remplacent pas une évaluation d’impact indépendante. Pour RISE, il faudra distinguer au moins trois questions : le dispositif est-il effectivement déployé comme prévu ? Modifie-t-il les pratiques des établissements ? Produit-il des effets attribuables sur les élèves ?
Les points à surveiller
L’architecture de RISE présente un intérêt pratique : elle sépare clairement une offre ouverte à toutes les écoles d’une intervention mandatée auprès d’établissements durablement mal évalués. Mais cette cohérence de conception ne préjuge pas des résultats.
Trois éléments seront déterminants : la publication d’une cartographie fiable des écoles ciblées, la transparence sur les effectifs et les qualifications des conseillers, puis l’apparition de données permettant de comparer les trajectoires des écoles accompagnées. En l’état, RISE constitue une recomposition institutionnelle substantielle, dotée de critères et de financements identifiables, mais dont l’efficacité reste entièrement à établir.




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