Un signal positif, mais circonscrit au primaire
Les analyses nationales disponibles ne permettent pas de parler d’une remontée générale de la lecture aux États-Unis. NWEA, qui administre les évaluations MAP à des millions d’élèves de la maternelle à la 8e année, décrit des progrès encourageants à l’école élémentaire. Son constat est toutefois nettement moins favorable pour les élèves de 6e à 8e année, dont les résultats en lecture restent stagnants. Les élèves déjà les plus faibles continuent, eux, de perdre du terrain.
Cette ventilation est essentielle. Une amélioration moyenne peut coexister avec une stagnation dans certains niveaux et un creusement des écarts au bas de la distribution. Elle ne justifie donc ni l’idée d’un redressement uniforme sur l’ensemble du parcours K-8, ni celle d’un rattrapage achevé.
Certaines reprises de presse ont qualifié les gains NWEA de « substantiels » ou de « significatifs ». Les éléments accessibles dans le dossier ne permettent cependant pas de vérifier précisément cette qualification : les effectifs de la dernière analyse, les périodes exactes de comparaison, les tailles d’effet et la ventilation détaillée par niveau et par sous-groupe ne sont pas documentés ici. La formulation la plus solide est donc plus prudente : NWEA observe une reprise surtout concentrée au primaire, sans amélioration comparable au collège.
NAEP ne montre aucun rebond national en lecture
Les résultats 2024 de la National Assessment of Educational Progress, la « Nation’s Report Card », donnent une image plus sombre. Cette évaluation nationale standardisée repose sur un échantillon d’élèves et sur des épreuves communes, ce qui permet de suivre les résultats dans le temps et de comparer les États.
Entre 2022 et 2024, le score moyen de lecture a baissé de 2 points en 4e année comme en 8e année. Cette baisse s’ajoute à un recul de 3 points entre 2019 et 2022 : dans les deux niveaux, la perte cumulée atteint donc 5 points depuis la période prépandémique. Aucun État n’a enregistré de hausse en lecture en 4e ou en 8e année entre 2022 et 2024.
Moins d’un tiers des élèves atteignent désormais le niveau « Proficient » dans chacun de ces deux niveaux scolaires. En 4e année, cette proportion est passée de 35 % en 2019 à 33 % en 2022, puis à 31 % en 2024. Environ 40 % des élèves de 4e année se situent sous le niveau « Basic », soit la part la plus élevée depuis 2002. En 8e année, environ un tiers des élèves sont sous ce seuil, un record dans l’histoire de l’évaluation.
Le recul dépasse ainsi le seul épisode de fermeture des écoles. Les scores moyens de lecture sont revenus à des niveaux comparables à ceux du début des années 2000 en 4e année et du début des années 1990 en 8e année. Ces comparaisons historiques n’établissent pas les causes du déclin, mais elles montrent qu’il ne s’agit pas simplement d’un accident déjà résorbé.
Des instruments différents, mais pas nécessairement contradictoires
Les résultats de NWEA et de NAEP ne mesurent pas exactement la même chose dans les mêmes conditions. NAEP fournit une photographie nationale échantillonnée en 4e et en 8e année. Les analyses MAP de NWEA couvrent davantage de niveaux et suivent les élèves de districts utilisant ces évaluations. Une progression observée au primaire dans MAP peut donc coexister avec un recul des scores nationaux en 4e et en 8e année.
Il faut également distinguer une variation récente d’un retour au niveau antérieur à la pandémie. Des élèves peuvent progresser d’une année à l’autre tout en restant très en retard par rapport aux cohortes de 2019. Les deux propositions — amélioration récente dans une partie du primaire et absence de rattrapage national — ne s’excluent pas.
Faute de détails suffisants sur la dernière analyse NWEA, il serait en revanche imprudent d’attribuer l’écart entre les deux instruments à un effet de composition précis ou d’affirmer que les données MAP annoncent déjà un retournement que NAEP n’aurait pas encore mesuré. Ce sont des hypothèses à tester, non des conclusions établies.
En 2024, seul un élève sur neuf avait retrouvé le niveau de lecture de 2019
L’Education Recovery Scorecard, projet conjoint de Harvard et Stanford, apporte une autre mesure de l’ampleur du retard. Au printemps 2024, l’élève américain moyen de la 3e à la 8e année restait à près d’un demi-niveau de classe derrière les performances de 2019 en lecture et en mathématiques. Le retard en lecture était même plus marqué qu’en 2022.
Environ 11 % des élèves fréquentaient un district ayant retrouvé son niveau de lecture de 2019. Seuls 6 % étaient scolarisés dans un district ayant récupéré simultanément en lecture et en mathématiques. Autrement dit, près de neuf élèves sur dix se trouvaient encore dans un district qui n’avait pas retrouvé son niveau antérieur en lecture.
Ces estimations ne proviennent pas d’un essai contrôlé ni d’un article explicitement présenté comme évalué par les pairs. Il s’agit d’un rapport de recherche institutionnel qui relie les résultats des tests standardisés des districts aux échelles de NAEP afin d’estimer les retards. Cette méthode permet des comparaisons nationales, mais elle produit des estimations plutôt qu’une mesure directe commune administrée à tous les élèves.
Une synthèse de la Brookings Institution constate néanmoins que plusieurs batteries de tests convergent : la reprise reste modeste en mathématiques et paraît « en panne » en lecture. Brookings estime qu’au rythme observé, le rattrapage complet en mathématiques prendrait plus de sept ans ; aucune trajectoire claire de rattrapage ne se dégage en lecture.
En Ohio, des mouvements trop faibles pour conclure
L’Ohio constitue un test particulièrement suivi des politiques regroupées sous l’étiquette « science of reading ». L’État a demandé aux districts d’adopter des programmes fondés sur des preuves et centrés notamment sur la phonique. Les programmes devaient être en place avant le 30 juin 2025, et l’année scolaire 2025-2026 est la première durant laquelle tous les districts doivent être officiellement « pleinement alignés ».
Les premiers résultats administratifs sont mitigés. La proportion d’élèves de 3e année atteignant le seuil de maîtrise reste inférieure aux 65 % observés en 2024 et aux niveaux prépandémiques. Une analyse des bulletins de performance de l’État relève une hausse récente d’environ 2 points de pourcentage dans la plupart des niveaux, mais des résultats toujours largement inférieurs à ceux de 2018-2019.
Un autre indicateur va dans le sens inverse : pour la « classe de 2024 », le taux de maîtrise en lecture à l’échelle de l’État est passé de 60,9 % à 60,4 % entre deux millésimes, soit une baisse de 0,5 point. Ces chiffres ne décrivent donc ni une victoire nette ni un échec uniforme.
Surtout, ils ne permettent pas d’isoler l’effet causal de la réforme. Le déploiement n’était pas encore achevé, les variations sont faibles et aucune comparaison contrôlée ne permet de séparer l’influence des nouveaux programmes de celle des changements de cohortes, de la reprise générale après la pandémie ou d’autres politiques éducatives. Une hausse concomitante à la mise en œuvre constitue une corrélation, pas une preuve d’efficacité.
Ce que les équipes éducatives peuvent en retenir
La première leçon est de croiser les instruments. Une évaluation nationale, des tests administratifs d’État et un outil de suivi utilisé par des districts peuvent produire des résultats différents sans que l’un d’eux soit nécessairement erroné. Il faut vérifier les niveaux concernés, la période de référence et la population évaluée avant de parler de réussite.
La deuxième est de ne pas confondre progression et rattrapage. Une hausse de quelques points peut être encourageante tout en laissant les élèves très en dessous du niveau prépandémique.
La troisième est d’examiner la distribution des résultats. Les données les plus préoccupantes concernent les élèves sous le niveau « Basic » et ceux qui étaient déjà en difficulté. Une politique peut relever légèrement la moyenne sans réduire les écarts, voire en laissant les élèves les plus fragiles davantage en retrait.
Enfin, l’évaluation d’une réforme doit suivre plusieurs cohortes et documenter précisément son degré de mise en œuvre. Dans le cas de l’Ohio, le calendrier interdit encore de présenter les résultats comme un verdict sur la « science of reading ». Les données disponibles autorisent une conclusion plus modeste : certains indicateurs du primaire s’améliorent, mais le rattrapage national en lecture n’est pas engagé de manière claire et l’effet propre des réformes reste à démontrer.




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