PISA évalue l’écrit, pas la compréhension orale
Dans PISA 2022, l’OCDE définit la compréhension de l’écrit comme la capacité à comprendre, utiliser et évaluer des textes écrits, à y réfléchir et à s’y engager pour atteindre ses objectifs, développer ses connaissances et participer à la société. Le domaine « lecture » porte sur l’écrit : un score PISA dans ce domaine n’est donc pas une mesure directe de la compréhension orale.
Cette distinction est décisive. Les recherches qui rapprochent langage oral et résultats PISA examinent si des compétences évaluées séparément, parfois plusieurs années auparavant, sont associées aux performances en lecture. Elles ne montrent pas que PISA testerait l’écoute à travers ses questions de lecture. Elles invitent plutôt à regarder ce que les élèves mobilisent pour comprendre un texte, au-delà de leur capacité à reconnaître les mots.
Des résultats de 2022 à interpréter avec précision
La moyenne des pays de l’OCDE en compréhension de l’écrit était de 476 points en 2022, sur une échelle dont le centre historique est fixé à 500. La France obtenait 474 points. Selon l’Institut des hautes études de l’éducation et de la formation (IH2EF), son score était de 493 points en 2018 : la baisse atteint donc 19 points entre les deux éditions.
La Belgique se situait autour de 479 points en 2022. Cet écart numérique avec la France ne suffit pas, à lui seul, à établir une différence statistiquement significative. Le dossier de comparaison de l’OCDE situe d’ailleurs la France parmi plusieurs pays, dont la Belgique, l’Allemagne, l’Italie et l’Autriche, dont les scores moyens en lecture ne diffèrent pas significativement du sien. La moyenne canadienne était supérieure à celle de la France, mais les éléments vérifiés ici ne permettent pas d’en donner le chiffre précis : mieux vaut ne pas lui en attribuer un.
Autre repère utile : en lecture, le niveau de compétence 2 s’étend approximativement de 407 à 480 points. Son seuil inférieur est généralement considéré comme le minimum nécessaire pour participer pleinement à la vie sociale et économique. Il serait toutefois erroné de déduire de la moyenne française de 474 points la proportion d’élèves qui atteignent ce seuil. Une moyenne nationale ne décrit pas la répartition des résultats entre élèves.
Ces chiffres documentent un recul français en lecture et situent le pays dans une comparaison internationale. Ils ne permettent pas d’en attribuer la cause à une faiblesse de l’enseignement de l’oral. Pour examiner ce lien, il faut se tourner vers des études qui mesurent directement des compétences langagières.
Ce qu’une étude suivie jusqu’à 15 ans apporte au débat
Une étude longitudinale évaluée par les pairs, publiée chez Springer, a suivi des enfants depuis la période préscolaire jusqu’à la neuvième année, vers 15 ans. Son critère final était leur résultat PISA en compréhension de l’écrit. Les chercheurs ont étudié plusieurs compétences mesurées tôt, notamment le vocabulaire, la compréhension orale, la conscience phonologique et la dénomination rapide.
Dans leurs modèles, les compétences langagières orales précoces expliquent 53 % de la variance des scores PISA en lecture dans un groupe d’élèves à risque élevé de difficultés, et 31 % dans un groupe à risque faible. Ces pourcentages décrivent les différences de scores prises en compte par les modèles au sein de ces groupes. Ils ne signifient ni que l’oral « produit » à lui seul 53 % d’un score individuel, ni qu’une intervention sur l’oral augmenterait mécaniquement les résultats d’autant.
L’étude apporte une précision que ces deux chiffres peuvent masquer. Dans le modèle concernant les filles, la combinaison de la dénomination rapide, du vocabulaire et de la compréhension orale explique environ 18 % de la variance des résultats PISA en lecture. Les variables phonologiques étudiées ne rendent pas compte, dans cette recherche, des différences de résultats entre filles et garçons, alors que le vocabulaire et la compréhension orale y contribuent davantage. Cela ne retire rien à l’importance du décodage dans l’apprentissage initial de la lecture : il s’agit d’un résultat portant sur des modèles et sur un écart précis.
La taille exacte de l’échantillon ne figure pas dans les extraits vérifiés pour cette relecture. Sans cette donnée et sans examen détaillé de l’article intégral, il serait imprudent de généraliser les pourcentages à tous les élèves de 15 ans ou à l’ensemble des systèmes éducatifs francophones.
Une autre étude mesure directement l’écoute
Une recherche évaluée par les pairs menée auprès d’adolescents a examiné séparément la compréhension orale, la compréhension écrite et la fluidité de lecture. Pour mesurer l’oral, les élèves écoutaient des textes en allemand de 100 à 150 mots, d’une durée de 42 à 65 secondes. Dialogues, récits et textes explicatifs étaient suivis de questions à choix multiple.
Dans l’ensemble des élèves étudiés, l’association statistique entre compréhension orale et compréhension écrite était plus forte que celle entre fluidité de lecture et compréhension écrite. Le dispositif rend la comparaison concrète : il ne repose pas sur une simple appréciation de la participation orale en classe, mais sur une tâche d’écoute définie. En revanche, cette étude n’établit pas qu’enseigner davantage l’oral améliorerait les résultats en lecture. Elle ne doit pas non plus être présentée comme une seconde étude longitudinale utilisant les scores PISA : ce n’est pas ce qu’indiquent les éléments du dossier.
Les deux recherches éclairent ainsi le sujet de façons différentes. La première montre qu’un ensemble de compétences précoces prédit des résultats PISA plusieurs années plus tard. La seconde compare, chez des adolescents, la force de plusieurs associations entre compétences mesurées. Prédiction et association ne constituent pas une démonstration de causalité.
L’oral dans PISA 2025 : un autre cadre d’évaluation
Un document d’alignement publié par Pearson décrit l’évaluation de langues étrangères prévue dans le cadre de PISA 2025. Trois compétences doivent y être mesurées : la compréhension de l’écrit, la compréhension de l’oral et la production orale. L’écoute y passe par des supports audio ; l’expression écrite n’est pas incluse dans cette première phase.
Il faut distinguer ce dispositif de l’épreuve habituelle de compréhension de l’écrit. La présence de tâches d’écoute dans une évaluation de langues étrangères ne signifie pas que PISA mesure désormais la compréhension orale dans son domaine « lecture ». Le document de Pearson décrit un cadre d’évaluation : il ne constitue ni un résultat PISA 2025 ni une évaluation indépendante des effets de l’enseignement de l’oral.
Quelles conséquences raisonnables pour les équipes éducatives ?
Ces résultats donnent une raison sérieuse de prêter attention au vocabulaire et à la compréhension de la langue parlée lorsque vous analysez les difficultés de lecture d’un élève. Ils invitent notamment à ne pas confondre deux situations : peiner à lire les mots et comprendre difficilement une idée, même lorsqu’elle est entendue. Les deux obstacles peuvent se cumuler, mais ils n’appellent pas nécessairement le même travail.
Des activités d’écoute de textes, de reformulation ou de discussion du vocabulaire peuvent être envisagées comme des pistes pédagogiques cohérentes avec ce constat. Il serait cependant excessif de les présenter, sur la seule base des études citées, comme des méthodes dont l’efficacité sur les scores PISA serait démontrée. Les résultats disponibles ne comparent pas des classes ayant suivi ou non ces activités dans une intervention contrôlée.
La conclusion est donc à la fois nette et limitée : comprendre l’oral est étroitement lié à comprendre l’écrit, mais PISA 2022 ne mesure directement que le second dans son domaine « lecture ». Les études disponibles justifient de mieux examiner la place du langage oral dans les apprentissages. Pour déterminer quelles pratiques améliorent effectivement la lecture, à quels âges et pour quels élèves, il faut encore des évaluations d’intervention adaptées aux contextes concernés.




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